Eucharistie et responsabilité

J’ai intitulé cet enseignement : eucharistie et responsabilité. Cette responsabilité résulte de la présence de Dieu en nous, lorsque nous communions au Corps du Seigneur.

Rien ne nous apparaîtra plus évident si nous méditons un instant, comme je vous y invite, le sens de cette présence du Seigneur en nous.

Il faut dire d’abord que cette présence est celle de Dieu lui-même. Dieu qui est la joie infinie. Trinité d’Amour il est Dieu en tant qu’il se donne à lui-même. Il répand sa bonté, ce qui constitue en Lui la Trinité des relations personnelles.

Dans son immense bonté il a, de toute éternité, voulu associer sa création à sa joie. Et parmi tous les éléments de l’univers il a choisi la poussière des hommes. Il nous a faits. Il nous a appelés à Lui. Il nous a donné un esprit pour le connaitre et un corps pour le rencontrer.

L’eucharistie est l’expression visible de cette relation invisible : l ’Amour de Dieu qui sort de son être pour se donner à sa création. L’eucharistie est l’expression de la joie d’un échange d’amour entre Dieu et l’Eglise. Elle permet que Dieu donne son Amour comme une source qui jaillit et se répand. Elle est l’œuvre de Dieu qui invite l’Église à donner une réponse à son Amour et au don de sa Vie pour ne faire qu’un avec lui, par Jésus et dans l’Esprit-Saint.

C’est toute l’Église qui est présente dans chaque eucharistie par la Présence du Christ et de son Corps. Le Christ ayant épousé l’Église pour faire avec elle une seule chair n’est pas séparée d’elle. Là où il est Présent c’est tout son Corps, toute l’Église qui est présente de façon cachée mais réelle. L’Eglise d’hier et d’aujourd’hui, depuis Abel jusqu’au dernier juste. L’Eglise de nos grands parents et de nos aïeux, de nos petits enfants et arrières petits enfants.

Par la liturgie de communion nous a été encore aujourd’hui donnée la joie de devenir le Corps du Christ. « Devenez ce que vous avez reçu : le Corps du Christ ».

Etant, par la communion, devenus ce que nous sommes c’est-à-dire le Corps du Christ, se dévoile alors notre responsabilité. Elle nous est rappelée au cours de la messe à deux moments. Premièrement, lorsque le prêtre rompent l’hostie principale. Avez-vous jamais été alertés par le fait que les prêtres la rompent, non pas avant de la consommer, mais lorsqu’ils la présente aux fidèles : ecce Agnus Dei, voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ? Ce geste de la fraction est très ancien et signifie la responsabilité de celui qui, au nom de tous les fidèles, nomme celui qui va être consommé : l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, liant ainsi l’acte de communion au Christ présent à son acte rédempteur : il enlève le péché du monde. Deuxièmement cette responsabilité nous est rappelée au moment de l’envoi : « Allez dans la paix du Christ. » Ces mots signifient que l’eucharistie se prolonge là où les chrétiens sont envoyés pour être nourriture spirituelle et présence du Christ au milieu du monde.

« En recevant le Pain de vie, les disciples du Christ se disposent à aborder, avec la force du Ressuscité et de son Esprit, les tâches qui les attendent dans leur vie ordinaire. En effet, pour le fidèle qui a compris la signification de ce qu’il a accompli, la célébration eucharistique ne peut pas épuiser tout son sens à l’intérieur du sanctuaire. Comme les premiers témoins de la résurrection, les chrétiens convoqués tous les dimanches pour vivre et proclamer la présence du Ressuscité sont appelés à se faire dans leur vie quotidienne évangélisateurs et témoins. Dans cet esprit, la prière après la communion, le rite de conclusion — la bénédiction et le renvoi des fidèles — doivent être redécouverts et mieux mis en valeur, afin que ceux qui ont participé à l’Eucharistie ressentent plus profondément la responsabilité qui leur est confiée. Après la dispersion de l’assemblée, le disciple du Christ retourne dans son milieu habituel avec le devoir de faire de toute sa vie un don, un sacrifice spirituel agréable à Dieu (cf. Rm  12,1). Il se sent débiteur envers ses frères de ce qu’il a reçu dans la célébration, tout comme les disciples d’Emmaüs qui, après avoir reconnu « à la fraction du pain » le Christ ressuscité (cf. Lc 24,30-32), éprouvèrent aussitôt le besoin d’aller partager avec leurs frères la joie de leur rencontre avec le Seigneur (cf. Lc 24,33-35). » (Jean Paul II Dies Domini, n. 45)

L’Eucharistie n’est pas une présence inerte ; c’est le sacrement qui actualise l’apparition du Crucifié et du Ressuscité. Le Christ accomplit ainsi sa parole : « Je viendrai à nouveau vers vous » (Jn 14,18-28). Dans l’Eucharistie le Christ apparaît d’une manière pascale ; sa présence est une présence-qui-vient, une présence-qui-se-donne, une présence-qui-demeure. C’est, en outre, une présence créatrice de communion et fondatrice, parce que le Christ rencontre les hommes et les femmes et en fait son Corps par la communion sacramentelle. Disons que la présence réelle du Christ n’est pas un fait statique, mais un fait dynamique, don de soi, orienté vers la communion au mystère de son être, de sa personne et de son action rédemptrice. C’est pourquoi le concile Vatican II a rappelé à juste titre que la communion au Corps du Seigneur est communion au mystère pascal de la mort et de la résurrection du Seigneur.

Reste une difficulté : comment témoigner ? Dès lors que nous évoquons cette responsabilité, beaucoup tremblent. Il me semble que cela est dû à deux craintes. Celles de ne pas savoir, de n’être pas, comme on le dit familièrement, à la hauteur. Celles qui nous vient du respect humain. Je vais déranger. La première crainte peut être écartée par le témoignage vivant : « L’homme contemporain – écrivait Paul VI – écoute plus volontiers les témoins que les maîtres » (Evangelii nuntiandi, n. 41), croit plus à la vie vécue dans le Christ et pour le Christ qu’aux théories. C’est pourquoi, « évangéliser est tout d’abord témoigner, de façon simple et directe, du Dieu révélé par Jésus Christ, dans l’Esprit Saint » (EN, n. 26) ; et le Pape Jean-Paul II, dans Redemptoris missio, enseigne que comme « première forme de la mission, le témoignage de la vie chrétienne est aussi irremplaçable » (n. 42). » Témoigner dès lors peut s’apparenter à dire sa joie d’être chrétien, de vivre en paix, dans l’espérance. De toutes les formes religieuses, la foi chrétienne est sans aucun doute, au dire même de ceux qui ne partagent pas notre foi, celle qui suscite le plus l’espoir. Rien n’est jamais perdu pour nous. Personne n’est condamné. La mort même reçoit un éclairage particulier de la participation du Christ, du Dieu vivant à cet apparent naufrage. Nul n’est absent de l’horizon social du christianisme : ni les faibles, ni les forts, ni les pauvres, ni les riches, ni les handicapés, les malades, ni les biens portant. C’est un corps social complet. Apprendre à dire cela, revient à reconnaître et à nommer ce qu’est l’Eglise, loin des stéréotypes et des images d’Épinal. Nous l’apprenons dans la célébration eucharistique chaque dimanche.

L’Eucharistie nous encourage et nous pousse à franchir les océans des préjugés, des barrières d’ordre sociopolitique pour rapprocher du Christ toutes les hommes, convaincus que le Sauveur du monde ne détruit rien de ce que Dieu a semé, mais conduit tout à sa plénitude (cf. Mt 5, 17).

Nous trouvons dans l’eucharistie dominicale l’image même de ce qu’est l’Eglise pour en témoigner. Car nous trouvons dans chaque eucharistie, la joie, la paix, la fraternité, l’assurance d’un monde qui peut survivre aux discordes, aux segmentations sociales et politiques. Un monde uni et heureux.

Notre paroisse, à l’invitation de l’archevêque de Paris, comme toutes les paroisses de Paris, entre dans un temps missionnaire. Le samedi 27 mars, veille des Rameaux, aura lieu dans notre paroisse une grande mission qui fera appel à toutes les compétences. Pour faire connaître notre église, ses activités et en particulier, la semaine sainte. Cette mission sera adaptée aux goûts et aux capacités de chacun. Un lieu abrité sur le parvis de l’église permettra d’accueillir le plus grand nombre et de les convier à entrer s’ils le souhaitent dans l’église pour une présentation de notre paroisse et de son rassemblement hebdomadaire lors de la messe dominicale. Tandis que sur les marchés, auprès des commerçants, se rendront des paroissiens pour distribuer des tracts et informer les personnes des horaires de la semaine sainte.

Chers frères et sœurs, il est venu le temps de donner à ceux qui cherchent dans l’ombre et parfois le désespoir, un peu d’espérance. Ce que nous aurons semé ne fleurira peut-être qu’après-demain. Mais qu’importe ! Si nous ne voyons pas le produit de nos semailles. Autre le semeur, autre le moissonneur. Ne permettons pas que soit perdu le prix d’un si grand amour, le prix du sang du Christ auquel nous communions chaque dimanche dans l’eucharistie. Nous avons l’assurance d’être assistés dans notre mission. « Allez, frères et sœurs, allez dans la paix du Christ ». Que votre présence soit la présence réalisée du Christ auprès de tous.

Père Jacques Ollier