18 avril 2010 : 3e dimanche de Pâques

Lectures : Ac 5.27b-32.40b-41 : Ps 29,3-6.12-13 : Ap5,11-14 : Jn 21,1-19

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Chap. 21 , 1-19)

« Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.

Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. »
Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson.

Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.

Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis.»
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m’aimes ? et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime.»

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

Matin du monde

Au matin de la Résurrection, nos yeux s’ouvrent sur une réalité plus belle encore qu’au premier matin du monde. Si la première création avait été le fruit de l’amour gratuit de Dieu, la Résurrection en constitue l’accomplissement miséricordieux. Les premiers chrétiens l’avaient compris lorsqu’ils signifiaient par leurs baptistères octogonaux que les sept jours de la création primitive, brisée par le péché trouvaient leur accomplissement dans le huitième jour, jour béni de la Résurrection.

C’est cette même expérience que feront les apôtres. L’angoisse du crépuscule passée, l’espérance d’un nouveau jour paraît. Au lever du jour, autour d’un feu de braise dans la cour de la maison du grand prêtre à l’heure où le coq chante, c’est l’heure pour Pierre de la trahison. Mais à l’aube d’un jour nouveau, également autour d’un feu de braises sur les bords du lac de Tibériade à l’heure de la résurrection, c’est l’heure de la réconciliation. Le Christ, sur le rivage de
l’éternité bienheureuse rétablit avec ses disciples et surtout avec Simon-Pierre, aux prises avec les agitations et les tourments de la mer, une communion d’amour que leur fuite devant l’épreuve de la passion avait rompue.

Non seulement Pierre est réconcilié avec le Christ mais il est investi d’une mission. Passé par le feu de la purification, Pierre va vivre comme un second appel : le premier était une invitation à suivre le Christ, le second à paître le troupeau. Il entre, lui aussi dans une nouvelle création laissant le vieil homme pour faire advenir le nouveau. Laissant son orgueil pour revêtir l’humilité, le Christ pourra ainsi agir en lui et grâce à lui. Dans son commentaire de l’Evangile selon Saint Jean, saint Augustin écrit : « Si tu m’aimes, ne pense pas que c’est toi le pasteur ; mais pais mes brebis comme les miennes, non pas comme les tiennes ; cherche en elle ma gloire, non la tienne, mon bien et non le tien, mon profit et non le tien. »

Les disciples sont revenus à leurs activités passées. Comme si les trois années vécue en présence du Christ et à l’écoute de son enseignement avaient été une parenthèse. Comme le Christ avait appelé les disciples des bords du lac, ressuscité, il les rejoint une fois encore sur les bords du lac pour les mener plus loin jusqu’au don total de leur vie. Ils les invitent à quitter l’espace de leur vie mortelle pour la pérennité de l’éternel repos.

Père Stanislas LEMERLE