6 juin 2010 : Fête du Corps et du Sang du Christ

Lectures : Gn 14, 18-20 – Ps 109, 1-4 – 1 Co 11, 23-26 – Lc 9, 11b-17

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

« Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin.

Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert. »

Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger.» Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains  et deux poissons… à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. »

Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers. »

Du multiple à l’un.

Nous aspirons tous, dans un espace géographique et social segmenté, dans une temporalité qui nous oblige à de multiples tâches, à l’unité de nos existences, de nos familles, de notre société. Nous nous efforçons d’y  parvenir. Mais cette oeuvre de Sisyphe nous épuise.

Qui fera de la multitude des tâches, des personnes, des aspirations, l’unité ? Qui de nous ne fait l’expérience banale de la résistance que nous apportons nous-mêmes à notre bonheur ? « Vouloir, c’était faire ; et pourtant rien ne se faisait ; et mon corps obéissait plutôt à la volonté la plus légère de l’âme qui d’un signe lui  commandait un mouvement, que l’âme ne s’obéissait à elle-même pour accomplir ce qu’elle voulait le plus » (Saint Augustin Conf. VIII, 20.)

L’eucharistie, dans le prolongement de la multiplication des pains par Jésus, contribue à notre unité, dans l’unité de l’Eglise. Une prière liturgique très ancienne l’atteste :

« Comme ce pain rompu, d’abord dispersé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un, qu’ainsi ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume.»

(Didachè, IX, 4)

En ce jour solennel du Très Saint Sacrement et de premières communions, l’eucharistie nous rassemble d’abord à l’intérieur de nous-mêmes, pour faire en nous l’unité de notre coeur, de notre conscience, de notre esprit. Elle nous rassemble extérieurement pour la célébration unanime du mémorial du Christ.

Nos chants, notre louange, notre offrande, aussi minime soit-elle, placent entre les mains du Verbe créateur, la matière qu’il multiplie en la rassemblant. Laissons-nous grandir dans la main puissante de Celui qui nous affermit. Laissons-nous rassembler par Lui dans l’eucharistie dominicale. Et du multiple, surgira l’unité, et de la multiplication propre à Celui qui bénit en accroissant, viendra l’unité.

P. Jacques Ollier, curé