28 novembre 2010 : 1er dimanche de l’Avent – Journées d’Amitié

Lectures du 1er dimanche de l’Avent : Is 2, 1 – 5 ; Ps 121, 1 – 9 ; Rm 13, 11 – 14 ; Mt 24, 37 – 44

JOURNÉES D’AMITIÉ : POUR LA RESTAURATION DU GRAND ORGUE

« Il faut se réjouir de l’intérêt grandissant que le public porte aujourd’hui à l’orgue », déclarait Maurice DURUFLÉ. « L’orgue a pris sa véritable dimension. L’organiste n’est plus considéré comme un être étrange, toujours enfermé dans sa tribune. Il est descendu dans l’arène. Le grand public découvre l’orgue, le roi des instruments. »

Et s’il est bien un orgue royal, c’est bien celui que DURUFLÉ fit construire à l’image de son idéal sonore, en l’église Saint-Étienne-du-Mont de Paris ; cet orgue, Thierry ESCAICH et Vincent WARNIER s’en partagent aujourd’hui la destinée.

Situé au coeur du quartier latin, c’est un condensé exemplaire de l’histoire de la facture d’orgue française. Le buffet à deux corps,splendide menuiserie finement parée de bas-reliefs et de statues, date de 1633. Classé monument historique, il est l’oeuvre de Jean BURON, aidé certainement de son disciple Germain PILON. Il abritait à l’origine un instrument 34 jeux, construit de 1631 à 1636 par Pierre PESCHEUR. De 1766 à 1777, l’orgue fit l’objet d’une réfection, menée par Nicolas SOMMER puis par François-Henri CLICQUOT, l’un des maîtres de l’orgue classique français. En 1862, Aristide CAVAILLÉ-COLL, génie de la facture d’orgue symphonique, lui fit prendre le tournant de la modernité, le portant à 39 jeux. Lorsqu’en 1930 Maurice DURUFLÉ, organiste et compositeur à la renommée grandissante, fut nommé titulaire, il trouva l’instrument dans un piètre état. En raison de l’ampleur de la métamorphose, les travaux menés par la Maison BEUCHET-DEBIERRE durèrent jusqu’en 1956, le nombre des jeux fut porté à 83. Le buffet ne suffit plus à les contenir, les tuyaux des jeux de Pédale et de l’Écho expressif durent en être délogés : sous le buffet pour les uns, dans une arcature du narthex pour les autres.

Sous l’impulsion de DURUFLÉ, l’instrument devint l’un des fleurons de l’orgue dit « néo-classique », mêlant les mixtures riches et subtiles et les jeux typés de l’orgue classique, à la puissance sonore, aux claviers expressifs de l’orgue symphonique de CAVAILLÉ-COLL, l’ensemble couronné par les avancées de la facture moderne. C’est à la maison fondée par l’initiateur de ce type d’instruments, Victor GONZALEZ, que fut confiée en 1975 la ré-harmonisation de l’ensemble. Dès 1953, Maurice DURUFLÉ partagera cette illustre tribune avec son épouse Marie-Madeleine. Diminué par un grave accident de la route en 1975, il ne pourra reprendre ses fonctions et décèdera en 1986. L’orgue sera restauré par Bernard DARGASSIES en 1991 sous l’oeil bienveillant de Marie-Madeleine DURUFLÉ. Il compte aujourd’hui 89 jeux, sur quatre claviers et pédalier. Madame DURUFLÉ demeura titulaire jusqu’à sa mort en 1999, secondée par Hervé MORIN. Suite à la disparition brutale de ce dernier, Thierry ESCAICH et Vincent WARNIER seront nommés organistes titulaires en 1996 par le Père Christian LERAT alors curé de la paroisse.

Témoin authentique de plusieurs siècles de la musique et de la facture d’orgue françaises, le grand orgue participe de l’espace sonore et de l’architecture de SaintÉtienne-du-Mont. Tantôt soliste, tantôt accompagnateur, il est l’un des éléments majeurs de la vie liturgique et musicale en contribuant à la beauté des offices et au rayonnement spirituel et artistique de notre paroisse. Parangon de l’orgue impressionniste, il est visité chaque semaine par des amateurs et étudiants organistes qui viennent du monde entier pour en admirer la palette sonore qui se déploie dans son écrin de pierre. Près de 20 ans après le dernier relevage, s’il arrive encore à assumer sa charge, le temps est venu pour lui d’un indispensable dépoussiérage, étape d’entretien, que viendra clore un accord général des plus de 5000 tuyaux qui sont sa voix.

Avec le complément d’aide de la Ville de Paris, la Paroisse SaintÉtienne-du-Mont pourra financer grâce à votre générosité les trois quarts de ce relevage devenu indispensable à la pérennité de notre patrimoine culturel et cultuel.

Vincent Warnier