20 mars 2011 – Année A – 2ème dimanche de carême

Gn, 12, 1-4 a ; Ps 32, 4-5.18-20.22 ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9

Evangile selon Saint Matthieu

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.

Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.

Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »

Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! »

Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit relevé d’entre les morts. »

Transfigurés

Nous l’avons compris dimanche dernier : la réponse négative que nous faisons aux tentations, la foi que nous mettons en Dieu qui promet et ne peut nous tromper, notre ferme propos de ne pas manquer à « ce qui est écrit », nous fait indubitablement connaître le Christ en sa patience et l’aimer en sa passion. O, crux ave, spes unica !

Ce combat victorieux nous permet de voir la lumière divine qui rayonne sur le visage du Christ, du Verbe fait chair. Fulgurante, dans la nuit de la transfiguration, ou pâle dans le jour trop bref du pécheur, la lumière divine éclaire « tout homme venant en ce monde » (Év. selon saint Jean 1, 9). Car tous portent sur eux l’éclat d’une gloire qui ne leur appartient pas. Elle éclaire chaque visage. Elle brille sur le visage du Christ, sur celui de Moïse et d’Elie, mais aussi sur les trois apôtres qui furent saisis par la présence numineuse de Dieu et transfigurés sur la montagne. Elle s’aperçoit encore sur la face du désespéré, sur le faciès du larron. Image inamissible de Dieu, la gloire de la majesté divine ne peut être perdue. Dieu vit ce qu’il avait fait, et cela était bon. « Pourquoi dis-tu bon ? » « Seul Dieu est bon ! » Mais précisément parce qu’il nous a faits nous sommes bons.

Sans doute la lumière de Dieu sur le visage des transfigurés se fait elle d’autant plus vive qu’est ardent l’amour dont est aimée la Lumière venue d’en haut nous visiter. Sans doute les Israélites demandèrent-ils à Moïse de voiler son visage lorsqu’il sortait de la tente de la rencontre où il s’entretenait avec Dieu. Quant à Elie, irrésistiblement emporté dans un tourbillon de feu, par un char aux chevaux de feu, n’était-il pas tout entier flamme impétueuse (Ecclésiastique 48, 9),  impossible à arrêter en sa course aux cieux ?

Et nous, baptisés dans le creux du rocher qu’est le Christ, lavés des scories de la naissance d’en bas, nous qui sommes nés d’en haut, nous portons sur nos visages, l’éclat de la gloire de Dieu : car celui qui a dit : que la lumière brille dans les ténèbres, a aussi brillé dans nos coeurs, pour que resplendisse la connaissance de la gloire de Dieu qui brille au visage du Christ » (2 Corinthiens. 4, 6). Sa gloire devient la nôtre. Tel est le mystère accompli sur la montagne, le rocher. Dieu invite aussi ses amis à entrer le creux du rocher, en sa présence, pour y être transfigurés.

Sans doute ce que nous sommes ne paraît pas entièrement. Sans doute faudra t-il que le Christ nous accueille entièrement pour que nous puissions paraître ce que nous sommes. Alors, « quand il nous apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons, tel qu’il est. » (1er lettre de Jean 3,2). Espérance pour tous ceux qui ont perdu un être cher de manière violente ou parce que sa lente agonie l’a défiguré. Espérance pour ceux qui n’ont jamais pu retrouver un disparu. Espérance pour ceux qui portent un lourd handicap physique ou psychique. Que notre condition humaine puisse être entièrement transfigurée à la ressemblance du Christ, le plus beau des enfants de l’humanité. Nous, transfigurés !

Père Jacques Ollier