10 avril 2011 : 5e dimanche de carême – A

Lectures : 1 S 16, 1b.6-7.10-13a ; Ps 22, 1-6 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

De l’Évangile selon Saint Jean

Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe. (Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.) Donc, les deux soeurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : « Revenons  en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? » Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en  lui.» Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je m’en vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : «Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu’il parlait de la mort. Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) ditaux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »

Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de  Jérusalem – à une demi-heure de marche environ – beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à  Marthe et à Marie, dans leur deuil. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : «Ton frère ressuscitera. »  Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la  résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne  mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Elle répondit : «Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa soeur Marie, et lui dit tout bas : «Le Maître est là, il t’appelle. »Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Elle arriva à l’endroit où  se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »

Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. » Alors Jésus pleura.  Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez le aller. »

Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

 

Merveilleux échange

L’émotion ne cesse de croître tandis que Jésus avance vers le tombeau de son ami Lazare. Une longue marche vers Béthanie, la rencontre sur le parcours des deux soeurs, le cri de leur coeur : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort », la douleur de l’entourage, finalement les larmes de Jésus : l’évangéliste ne craint pas d’insister sur l’aspect  humain et dramatique de sa rencontre avec la réalité de la mort.

Mêlés à cette peine, les appels à la foi ne cessent, eux aussi, de croître : « Je me réjouis de ne pas avoir été là, à cause de vous, pour que vous croyiez » ; « ne te l’ai-je pas dit, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » ; « … si j’ai parlé ainsi,  c’est pour que cette foule autour de moi croie que tu m’as envoyé ».

Tout nous prépare à entendre l’inimaginable : « Lazare, ici, dehors». Le même que la mort avait bouleversé lui, parle en maître.

Après cela, pensons-nous, il est évident qu’Il domine la mort et qu’elle ne pourra rien contre Lui. Pourtant, quelques jours plus tard, c’est Lui qui sera saisi par elle. Ainsi se révèlent les termes d’un échange prodigieux ; en allant vers le tombeau de Lazare, c’est vers le sien qu’Il se dirigeait. Il redonne vie à son ami en acceptant de se  soumettre à la mort dans un sacrifice librement consenti. Pour que vive Lazare, il fallait que Jésus meure.

Pour que la vie soit manifestée en chacun des croyants, il fallait que passe par la mort l’Auteur de la Vie.

Père Emmanuel DUFRESNE