« Il la donnera à une nation »

Le royaume de Dieu est donné à « une nation », écrit saint Matthieu. Une nation, écrit-il et non pas « une autre nation ». Cet article indéfini annihile toute tentative de penser l’Église comme une substitution d’Israël, tentation ancienne, aux implications religieuses et spirituelles graves. Nul ne saurait aujourd’hui ignorer qu’une forme d’antisémitisme larvée a conduit indirectement aux trop sombres pogroms, concentrations et exterminations des juifs au XXème siècle. Il faut résolument se défaire de cette tentation.

Le Christ nous y invite aujourd’hui. Il ne dit pas aux grands prêtres et aux pharisiens que le Royaume sera donné à une autre nation, mais à une nation qui lui fera porter du fruit. Cette nation est donc inclusive de la nation élue, de la nation que s’est choisie Dieu pour en faire son domaine.

L’emploi de l’article ne suffirait pas à fonder une théologie inclusive. Il faut encore la réponse de Jésus. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. Celle dont le placement est crucial. Il ne dit pas que cette pierre rejetée a exercé sa vengeance. Il ne dit pas que cette pierre causera leur perte, mais qu’elle deviendra la pierre sans laquelle la maison ne saurait tenir. Nous avons là le schéma évangélique, mort – résurrection. La mort du Christ n’est pas la condamnation de ceux qui l’ont rejeté. Elle en est bien plutôt la rédemption. Qui comprend cela est vraiment chrétien. Qui comprend cela a compris l’amour de Dieu.

Reste bien sûr, à ceux que Dieu a aimés, la liberté d’entrer ou non dans ce domaine nouveau, le Royaume, c’est-à-dire la proximité de Dieu, Dieu lui-même qui se fait proche et tendre. Les grands prêtres et les pharisiens représentent dans ce passage de l’évangile ceux qui ne veulent pas entrer. Mais cela fut-il le cas de tous les juifs ? On peut répondre assurément que non. Et ils ne furent pas seulement les quelques douze autour de Jésus, sa mère, Marie de Magdala. Très nombreux furent les juifs dans le bassin méditerranéen à reconnaître en Jésus le Messie. A tel point qu’il fallut bientôt aux autorités juives excommunier de la synagogue ces judéo-chrétiens.

Que le Seigneur nous montre sa bonté, et nous serons sauvés.

Père Jacques OLLIER