« Seigneur que ton règne vienne »

Le 11 décembre de l’année sainte 1925, par l’encyclique Quas primas, le pape Pie XI institue la fête du Christ Roi pour couronner l’année liturgique. Elle préfigure la fin des temps où le Christ sera manifesté à tous les hommes comme le Seigneur du monde et de l’histoire. Mais n’est-ce pas tout au long de l’année que nous célébrons et proclamons à chaque messe avec toute l’Église : c’est à toi qu’appartiennent le règne la puissance et la gloire… ?

Cette même année, l’Église célébrait le XVIe centenaire du Concile de Nicée qui nous donne de proclamer que nous attendons la venue du Christ dans la gloire et que son règne n’aura pas de fin.

Christ-Roi, un titre qu’il faut replacer dans le contexte biblique de la foi d’Israël pour qui Dieu est le roi de son peuple et dans cette ligne, le titre de roi sera tout naturellement transféré sur Jésus le Messie. Dès l’Annonciation, l’Ange le dit à Marie : Le Seigneur lui donnera le trône de David son Père : il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin. Et sur la croix le Bon Larron fera cette profession de foi : Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. De la crèche à la Croix, nous célébrons le Christ, alpha et oméga, commencement et fin de toutes choses. C’est le Christ en majesté que nous admirons dans les mosaïques byzantines, le porche de la basilique de Vézelay ou les tympans de nos cathédrales.

Fêter le Christ-Roi, c’est donc prendre ou reprendre conscience qu’Il est l’origine et le but de notre vie, comme il est le principe et le terme de la création. Cette primauté s’exerce-t-elle sur chacune de nos vies ? Qui règne réellement en nous et sur nous ? L’appât du gain, le goût de notre petit confort, l’alignement sur le monde et ses modes, ma volonté propre ou celle du Seigneur ? Si le règne de Dieu doit grandir peu à peu en nos coeurs, n’est-ce pas pour transformer progressivement toute la vie du monde comme le levain dans la pâte ? Gardonsnous de vouloir limiter la royauté de Jésus à l’intériorité des coeurs, au risque de donner raison aux prétentions de certains états totalitaires ou laïcistes qui voudraient réduire le domaine de la religion à la seule vie privée des individus.

S’il faut séparer l’Église de l’État, il ne faut pas séparer l’Église de la société. Tout système qui veut enlever à l’homme sa dimension spirituelle mutile l’homme. Comme le rappelait le message du conseil permanant de l’épiscopat à l’approche des élections : Les catholiques n’entendent pas être des citoyens interdits de parole dans la société démocratique. La royauté du Christ ne saurait être imposée car il y va de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, mais il ne s’agit pas pour autant de la cacher ou de la taire, car il y va de la vérité de l’homme et de son bonheur.

Père Stanislas LEMERLE