Les folles

« Il en va ainsi (ομοιωθησεται) du Royaume de Dieu. » Une ressemblance. Non une comparaison. Il est donc vain de chercher des parallèles ou de tenter des rapprochements. Une allégorisation de la parabole tourne toujours court. Les vierges folles et sages représenteraient tel et tel type de chrétiens… l’époux serait le Christ. Mais l’huile, que serait-elle ? Mille et une rapprochements ont été faits. Sans véritable succès. Ce n’est pas ainsi qu’il faut lire une parabole. Elle a son genre propre. Elle s’apparente le plus souvent à une énigme à résoudre.

Quelle est ici l’énigme ? Quel élément insolite se glisse dans le récit et doit attirer l’attention ? Bien sûr, l’élément irrégulier est l’absence de prévoyance des vierges insensées. Comment ont-elles la prétention de passer les veilles de la nuit dans l’attente de l’époux qui « prend son temps » (χρονιζοντος) sans prévoir à l’avance l’huile nécessaire au délai de sa venue ? Elles sont vraiment insensées de s’exposer ainsi à n’être pas en état d’accueillir l’époux à son arrivée incertaine, dans la nuit.

Chaque lecteur un tant soit peu sain d’esprit ne peut faire que cette lecture. Dans le même temps, il se juge lui-même. S’il en va ainsi du Royaume de Dieu… cela signifie que certains d’entre eux sont semblables à ces vierges non prévoyantes. Mais de quelle vigilance s’agit-il ?

Il est des moments, des événements de notre existence dont nous savons qu’ils portent un poids de responsabilité très grand. Une décision, une orientation, un choix parfois coûteux, un renoncement à soi, à son confort, à son profit, à sa progression professionnelle. Le choix de privilégier l’unité de la famille à l’intérêt particulier. Le choix de privilégier l’intégrité de sa foi et de son attachement au Seigneur aux dispositions intramondaines, à ce qui est commun à beaucoup.

C’est là que la vigilance trouve son champ d’application. Car dans ces moments de choix, de délibération, de renonciation, la vigilance vient éclairer nos pas. Elle est le surplus que nous cultivons dans notre relation habituelle à Dieu. Elle est l’habitude de se diriger selon les voies de Dieu : « Fais que ta volonté se fasse, sur la terre comme au ciel », disons-nous dans la prière du Notre Père. C’est cette disposition fondamentale à l’écoute de la volonté de Dieu que représente la vigilance du Royaume.

Elle nécessite souvent d’aller à rebours de ce que le monde pense ou fait. Pour le dire d’un jeu de mot, la vigilance (γρηγορεῖν) est bien souvent le contraire de l’esprit grégaire.

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?
J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.
J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants.
‘ Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur.’
Ps. 26

Père Jacques OLLIER