Mes petits enfants, gardez-vous des idoles (1 Jn 5, 21)

L’évangile de ce dimanche, comme ceux des précédents, évoque la future venue de Jésus, au moyen d’une parabole (ομοιωθησεται). Il en ira ainsi de la venue du Fils de l’homme… Un homme riche partit en voyage. Pour assurer le rendement de son bien en son absence, il confie des montants démesurés à ses serviteurs. L’évangile parle de “ talents ” : il s’agit d’argent, de beaucoup d’argent, puisqu’un talent valait environ 25 kg. Le premier en reçoit cinq, un autre deux et un troisième un seul. Cette distribution est faite en fonction des capacités que le maître leur reconnaît. Le maître s’en va, leur faisant confiance.

Longtemps après, le maître revient et demande ce que chacun a fait. Le premier, en gestionnaire avisé a doublé la mise, le second qui a reçu moins a aussi doublé la mise. Ils s’entendent dire chacun à son tour : “ Très bien bon et fidèle serviteur (…) viens partager la joie de ton maître ! ” La même récompense pour chacun : demeurer avec le maître. Quant au troisième qui a enfoui son talent et n’a rien de plus à rendre, il n’a rien à donner parce qu’il a déformé l’image de son maître : “ Je savais que tu es un homme dur.. ” Au contraire de la confiance, il a choisi la défiance. “ J’ai eu peur ” ! Il se juge ainsi lui- même. “Tu aurais pu le placer pour qu’il donne des intérêts.” Au contraire, il n’a pas cru en la bonté de son maître. Moins que le bénéfice, c’est le manque de confiance, la peur, qui sont mises en cause. Chaque croyant comprend ce qui est en jeu, ici : la folie de la confiance en Dieu qui “ est parti au loin ”, invisible à leurs yeux (c’est notre statut !), doux et humble de coeur, et non dur et exigeant : “ Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ! (εισελθε εις την χαραν του κυριου σου) ”.

Gardons-nous de l’idolâtrie qui représente Dieu à notre mesure. Mais la mesure de Dieu, n’est pas en nous. Elle est hors de nous. Dans la folie de la croix. Là il dit ce qu’il est. Là il nous dit ce qu’il est pour nous. Seul le langage de la croix (ο λογος του σταυρου, 1 Corinthiens 1, 18) est le vrai visage de Dieu. Il viendra dans la gloire juger les vivants et les morts en n’ayant pas d’autre balance que celle de la croix. Et notre poids sera notre confiance.

Père Jacques OLLIER