Transfigurés

Nous qui avons été baptisés, nés d’en haut, lavés des scories de la naissance d’en bas, nous qui demeurons au creux du rocher qu’est le Christ, nous portons sur nos visages l’éclat de la gloire de Dieu car celui qui a dit : « que la lumière brille dans les ténèbres, a aussi brillé dans nos coeurs », par la grâce de notre baptême, de notre confirmation, de notre communion (2 Corinthiens 4, 6).

Ainsi, est-il bien vrai que sa gloire, celle qu’il tient de son Père comme Fils bien-aimé, sa gloire qui est le resplendissement de son être divin, la manifestation extérieure de ce qu’il est, tout cela devient nôtre. L’impensable se fait réalité.

Mais nous défaillons lorsque nous le réalisons. Et nous reculons comme l’apôtre : non, ce mystère de la transfiguration n’est pas pour nous ! Il t’est réservé, ainsi qu’à Moïse et à Elie. Non pas pour nous, Seigneur. Trois tentes suffiront ! Les tentes de la rencontre de Dieu, d’où l’homme en son intimité avec Dieu, sort, tel Moïse, transfiguré. Non ce n’est pas pour nous !

Et pourtant, telle est la vocation, unique, de l’homme. De tout homme, de toute femme, quelles que soient son origine, sa culture, sa religion, sa famille, quel que soit le degré de conscience religieuse qu’il éprouve. L’unique vocation de l’homme, l’horizon ultime et final qui est le sien est de partager la gloire de Dieu. Le concile Vatican II l’a exprimé avec vigueur, dans une
définition solennelle : « Associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, le chrétien va au-devant de la résurrection. Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le coeur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. »

A l’heure des déchirements, des coups bas, des blessures, mais plus encore à l’heure où se cherche le destin de la France qui semble bien, malheureusement, derrière nous, la vocation de chaque homme à devenir un être de lumière, est une espérance formidable, qui doit nous rassurer et nous dynamiser. Elle nous oblige à promouvoir un style de vie qui soit en adéquation avec la haute vocation de l’homme. À promouvoir une vie en société qui assure le développement intégral de la personne humaine. Elle oblige à inventer de nouveaux chemins d’humanité, c’est-à-dire de science, de lettres, d’art, d’association, de politique et de finance, digne de l’homme nouveau, renouvelé dans le Christ. Telle fut l’oeuvre des chrétiens au long des siècles. Ce doit être aussi la nôtre.