Pâques

Le premier jour de la semaine

Littéralement : « le premier des Sabbats », expression à double sens. Elle désigne le jour qui suit immédiatement le Shabbat coïncidant avec la fête de la Pâque. Mais elle indique aussi que ce jour, pourtant le premier, et non le septième, est appelé à devenir un nouveau Sabbat.

Alors qu’il fait encore sombre

Sombre traduit « skotia », qui désigne les ténèbres. On ne peut pas ne pas y entendre un renvoi implicite au prologue de saint Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jean 1, 5).

« On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Le corps de Jésus aurait été enlevé comme la pierre du tombeau, c’est-à-dire déplacé. Mais si Marie Madeleine est la soeur de Marthe (et la résonance ici le suggère), elle aurait pu interpréter ce signe en se rappelant la parole de Jésus avant la résurrection de son frère Lazare : « Enlevez cette  pierre » (Jean 11, 39).

Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble 

Dans l’Évangile selon saint Jean, toutes les courses sont concentrées dans ce passage. Le premier effet de la résurrection est de produire cette soudaine accélération du pas chez ceux qui suivirent Jésus.

mais l’autre disciple courut plus vite

Que l’un aille plus vite que l’autre ouvre à plusieurs significations. D’abord, que le désir l’emporte sur le projet d’y aller à deux. Ensuite, que les disciples, en cherchant le même maître n’en sont que plus différents. Enfin, que, dans l’Église, le charismatique (Jean) peut aller plus vite que le hiérarchique (Pierre), mais qu’il doit après cela le laisser passer devant.

Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.

Les deux linges qui étaient confondus, indistincts, sur le corps du mort, se trouvent à présent séparés. Cette séparation ne renvoie-t-elle pas à l’acte créateur de la Genèse, où Dieu sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’en bas et les eaux d’en haut ? La résurrection est création nouvelle et sortie de la confusion.

Il vit et il crut

Qu’est-ce qu’a vu le disciple pour croire ? Comment un linceul et un linge affaissés peuvent-ils être signe de la gloire ? Les autres auront besoin de voir Jésus ou de toucher ses plaies. À Jean, la pure absence suffit.

Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts

À vrai dire, aux yeux du disciple bien-aimé, il n’y a pas que la pure absence, il y a aussi la brusque mémoire de l’Écriture. La séquence s’achève sur cette mention décisive : la résurrection n’est pas un tour de magie pour tromper notre angoisse mais l’accomplissement des promesses de Dieu.

Père Jacques OLLIER