L’avenir de l’enfance

Quoi de plus beau qu’un enfant ? Constat moderne ! Car l’antiquité ne connaît pas l’enfance. Celle-ci prend consistance avec le christianisme. L’enfant, le pais, est en effet le détenteur du Royaume, c’est-à-dire le seul qui puisse être approché de Dieu.

Hier et aujourd’hui, l’enfance, belle quoique parfois triste. Mais demain ?

Contrairement aux Janus adultes, l’enfant vit pour demain. En fonction de lui. Demain, après-demain, il se projette dans l’avenir, le sien, le réel et l’imaginaire. Qui serai-je ? Que ferai-je de ce monde ? Quel nom y laisserai-je ?

Cette capacité de projection, de mobilisation, trouve sa source dans une fécondité qui est le marqueur anthropologique le plus profond que nous portions. Plus profond et plus déterminant que notre ADN. La fécondité des parents, la possibilité qu’ils ont en eux de porter une multiplicité. Cette bénédiction divine, l’enfant la porte comme un signe, bien plus tangible qu’aucune détermination biologique ou psychologique. Se savoir enté, enraciné dans la fécondité de deux êtres permet à l’enfant de se projeter en avant, sans crainte, avec enthousiasme pour établir un monde fructueux et multiple. La fécondité –et non la production- permet d’échapper à la logique de la fabrication pour passer à celle du don.

Mais cela encore ne suffit pas. Si le multiple est bon (« croissez et multipliez-vous » Gn 1) il n’est pas encore finalisé. Seul lui donne fin un auxiliaire indispensable. Il faut qu’à la fécondité s’adjoigne l’amour. Seul l’amour fécond de deux êtres, un amour qui trouve son expression dans l’union des corps, pourra permettre demain à l’enfant de vivre pour un monde de paix, de justice et d’amour.

Seul l’amour, non pas l’amour donné par un entourage qui le chérit, mais l’amour dont il se trouve être l’image et l’expression, saura donner assez de courage et de foi à un être pour vivre dans ce monde en enfant de lumière. Toute l’affection de proches et d’éducateurs ne peut se mettre en balance avec l’acte d’amour d’où il tire son origine. Je ne suis pas la conséquence d’une rencontre entre un ovule et un spermatozoïde, ni d’un travail de laboratoire. Je suis le fruit d’un amour qui a fait chair.

Pour toutes ces raisons, l’adoption d’enfants est souvent difficile, quoiqu’indispensable et heureuse. Pour toutes ces raisons, il n’est pas possible à deux êtres d’un même sexe de pouvoir prétendre au droit à l’enfant.

Le droit à l’enfant n’a de sens que si l’enfant est aussi reconnu, en tant que personne humaine, comme sujet de droit. Le droit de l’enfant est de pouvoir se reconnaître en ce monde comme le signe d’une promesse d’amour qui a pris sens et chair dans l’union des corps. Pour toutes ces raisons, il n’est pas possible que soit dénié à l’enfant le droit à naître et à vivre dans une famille dont les parents ne seront pas seulement des éducateurs mais les garants en leur propre chair, en leur amour, d’un avenir possible pour l’humanité. Avenir fécond, avenir aimable, avenir aimant.

Père Jacques OLLIER