La parabole du semeur

Le pape Benoît XVI a médité cette parabole, dans un entretien spontané, aux prêtres du Val d’Aoste (Italie), le 25 juillet 2005.

… Le travail du Seigneur avait commencé dans un grand enthousiasme. On voyait que les malades étaient guéris, tous écoutaient avec joie cette parole : « Le Royaume de Dieu est proche ». Il semblait que, vraiment, le changement du monde et l’avènement du Royaume de Dieu étaient imminents (…). On était dans l’attente d’un messager de Dieu qui prendrait en main le gouvernail de l’histoire. Mais nous voyons ensuite que, oui, les malades étaient guéris, les démons expulsés, l’Évangile annoncé, mais, pour le reste, le monde demeurait comme il était. Rien ne changeait. (…) La vie était difficile chaque jour, malgré ces signes, ces belles paroles. Et ainsi l’enthousiasme s’éteignait (…)

Le Seigneur parle du semeur qui sème dans le champ du monde. Et la semence semble être comme sa Parole, comme ces guérisons, une chose vraiment petite par rapport à la réalité historique et politique. Comme la semence est petite, négligeable, ainsi est la Parole.

Cependant, nous dit la parabole, dans la semence l’avenir est présent, parce que la semence porte en elle le pain de demain, la vie de demain. La semence semble n’être presque rien, et pourtant la semence est la présence de l’avenir déjà présent aujourd’hui. Et ainsi, il nous dit par cette parabole : nous sommes dans le temps des semailles, la Parole de Dieu semble n’être qu’une parole, presque rien. Mais ayez courage, cette Parole porte en elle la vie ! Et elle porte du fruit ! La parabole dit aussi qu’une grande partie des semences ne porte pas de fruit parce qu’elle est tombée sur la route, sur le terrain rocailleux, etc. Mais la partie qui est tombée dans la bonne terre donne trente, soixante, cent pour un.

Cela nous fait comprendre que nous devons être courageux même si la Parole de Dieu, le Royaume de Dieu, semblent sans importance historico-politique. À la fin, Jésus, le dimanche des Rameaux, a comme résumé tous ces enseignements sur la semence de la Parole : si le grain de blé ne tombe pas en terre et ne meurt pas, il demeure seul ; s’il tombe en terre et s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Et il nous a fait ainsi comprendre qu’il est lui-même le grain de blé qui tombe en terre et qui meurt. Lors de la crucifixion, tout semble raté, mais c’est ainsi, en tombant en terre, en mourant, lors du Chemin de Croix, qu’il porte du fruit en tout temps, pour tous les temps (…) Il me semble que dans l’histoire de l’Église, sous des formes diverses, toujours existent ces questions qui nous tourmentent réellement : que faire ? Les gens semblent n’avoir pas besoin de nous, tout ce que nous faisons semble inutile. Mais nous apprenons de la Parole du Seigneur que seule cette semence transforme toujours à nouveau la terre et l’ouvre à la vraie vie.