Sur la sainte Communion

« Et quant au désir du saint Sacrement, il le faut exciter par l’amour de l’Espoux et par la considération de l’honneur et du bien que nous recevons de sa venue : a quoy serviront les eslancemens spirituels desquelz j’ay parlé ci dessus, et les considérations que je mettray ci dessous, avec les imaginations que j’y depeindray.

Si la nuict on s’esveille, il faut remplir sa bouche de quelque bonne aspiration, comme du nom de Jésus et Marie, qui sont propres a parfumer la bouche en laquelle Nostre Seigneur veut entrer ; ou bien les paroles de l’Espouse : « Je dors, et mon coeur veille, et semblables. »

Le mattin il se faut lever avec joÿe extraordinaire pour le bien qu’on doit recevoir ce jour-la; et ainsy se préparer a la communion.

Il faut, s’approchant de la Communion, y aller les yeux baysés et en posture tres humble. Je n’approuve pas que sur le point on dise aucun’orayson vocale, sinon : « Seigneur, je ne suis pas digne » et le Confiteor. Je n’appreuve pas aussi que l’on estende la langue hors des levres, ni que l’on ouvre si peu la bouche qu’il soit malaisé d’y mettre la sainte hostie, ni que l’on s’avance en quelle façon que ce soit pour la prendre, puisque celuy qui la presente ne se rencontrant pas avec la bouche de celuy qui s’avance, il se pourroit faire de l’irreverence. Il faut donques ouvrir la bouche et dresser la teste, et attendre que le prestre mette la sainte hostie dans la bouche, sans faire autre mouvement jusques a ce qu’elle soit logee.

Apres la Communion, nous devons semondre nostre ame a plusieurs affections, comme par exemple : a la crainte de contrister et perdre ce saint Hoste, comme faysoit David, disant : Seigneur, ne vous departes point de moy ou comme les deux pelerins d’Emaüs qui luy disoyent : « Demeures avec nous, car il se fait tard ». A la confiance et force d’esprit, avec David. « Je ne craindrais nul mal, par ce, Seigneur, que vous estes avec moy ». A la joÿe d’esprit, a l’exemple de la bonne Lia, laquelle voyant qu’ell’avoit conceu un enfant en son ventre, s’escrioit : « Ce sera maintenant que ton mari m’aymera » ; car ainsy, ayans en nous-mesme le Filz de Dieu, nous pouvons bien dire : C’est maintenant que Dieu le Pere m’ayme. Ou bien comme Sara, laquelle ayant Isaac disoit : « Maintenant Dieu m’a fait une joye, et quicomque l’entendra s’en resjouira avec moy ». Et il est vray aussy que les Anges font feste autour de ce saint Sacrement et de ceux qui l’ont receu, comme dit l’Espouse, laquelle en cette considération disoit : « Mon Bienaymé est a moy et moy je suis a luy ; il demeurera entre mes mamelles, c’est a dire, sur mon coeur. J’ay treuvé celle que mon ame cherit, je le conserveray soigneusement. »

A l’action de graces, par les paroles que Dieu mesme dit a Abraham : « 0 Seigneur, par ce que vous m’aves faitte cette grande grace, je vous beniray de benedictions immortelles et multiplieray vos louanges comme les estoiles du ciel. »

Saint François de Sales Traité sur la sainte Communion