Que reste-t-il du Concile ?

Question futile ou légitime ? Futile, car le Concile est plus ancré dans les moeurs catholiques qu’on ne veut le croire. Légitime, car un certain oubli se mesure aujourd’hui dans des postures aussi ignorantes de l’histoire que de la théologie. Événement le plus important du XXème -« car on ne change pas la prière d’un milliard d’hommes sans toucher à l’équilibre de toute la planète » (Charles DE GAULLE)- le concile est aussi l’expression la plus heureuse et la plus aboutie dans l’histoire de l’Église de sa réflexion sur Dieu, sur Elle-même, sur ses relations avec les autres confessions chrétiennes, avec les autres religions, avec la société.

Disons-le simplement, le Concile Vatican II, avec les limites qu’impose toute activité humaine, représente le chef-d’oeuvre de la pensée et de l’affirmation de soi de l’Église.
Ce chef-d’oeuvre fut anticipé par de nombreux théologiens dans des travaux et études menés au cours du XIXème et du XXème siècle, principalement en Allemagne, en Belgique et en France.

Le renouvellement de l’exégèse et l’application aux textes sacrés de la science critique est le plus connu de ces mouvements réformistes. Loin de diminuer l’estime que l’on doit avoir pour la Bible, il lui a conféré une valeur et une actualité plus grande encore, comme la liturgie rénovée nous en fait la preuve chaque dimanche. Jamais, depuis de longs siècles, les catholiques n’ont eu accès aussi aisément à l’Écriture Sainte (sainte Thérèse de Lisieux y avait accès par le biais d’abrégés). La variété des lectures bibliques à la messe, la répartition des lectures sur trois années liturgiques montrent bien la volonté du Concile d’honorer la Parole de Dieu.

Le mouvement de lecture des Pères de l’Église -théologiens des premiers siècles qui ont permis à la culture biblique de pénétrer la civilisation païenne du bassin méditerranéen- a profondément renouvelé le regard de l’Église sur elle-même. Joseph RATZINGER fut un des penseurs de ce renouvellement par l’étude des Pères.
Le mouvement liturgique, les études menées sur les prières eucharistiques, les rites divers, les missels, ont permis de retrouver un mode de célébrer, non pas originel, mais dégagé d’un bon nombre d’appendices peu utiles.

Le mouvement oecuménique, enfin, a beaucoup favorisé les rédacteurs du Concile. Comment peut-on annoncer le même Dieu, la même foi, le même baptême, tout en étant séparés ? Cette cassure nécessite, compréhension réciproque et travail pour se réunir enfin. L’attention oecuménique de Benoît XVI actualise cette tension conciliaire oecuménique((Premier engagement de Benoît XVI : Message aux Cardinaux, Mercredi 20 avril 2005)).

Chaque semaine, après le retour des vacances, nous présenterons un document conciliaire important.

Père Jacques OLLIER