Le Christ roi

Chaque baptisé, lors de son baptême, reçoit l’onction des élus, le saint chrême, qui le consacre, comme jadis les rois de Juda. Voici les paroles qui sont alors prononcées, tandis que le ministre du baptême verse le parfum précieux sur le front du baptisé : « Le Dieu tout-puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle » (Rituel du baptême). Par le baptême, nous sommes donc configurés au Christ roi. Mais quelle est cette royauté ?

Elle apparaît dans la libre disposition du Christ à donner sa vie. À la communiquer. Selon la belle expression qu’il utilise au chapitre X de l’Évangile selon saint Jean : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Évangile selon saint Jean X, 17). Saint Augustin, commentant ce passage, en donne l’interprétation exacte : « À quel instant le Christ a-t-il quitté son âme ? Quand le Verbe y a consenti. L’autorité suprême se trouvait dans le Verbe : à lui appartenait de désigner l’heure où il quitterait son âme, et l’heure où il la reprendrait. » (Sermons sur l’évangile selon saint Jean 47,11). C’est par un excès d’amour que le Christ a rompu la toile de cette vie. Il est roi en sa charité parfaite. Les martyrs, les chrétiens qui vont jusqu’au bout de l’amour de Dieu et de l’amour des hommes, connaissent cette royauté. Elle est vie donnée sans retour.

Mais le Christ est roi aussi en sa résurrection. Roi de la création, roi sur la création. Il réalise en sa personne le pouvoir qui a été donné à Adam : domine sur toute la création (cf Livre de la Genèse 1, 28). C’est sur la mort même que le Christ, en sa Pâques, acquiert pouvoir. « Mon Père m’aime, parce que … j’ai le pouvoir de reprendre ma vie » (Évangile selon saint Jean X, 18). On dit habituellement que c’est le Père qui a ressuscité Jésus. Mais il faut ajouter que l’oeuvre du Père n’est pas distincte de celle du Fils. « Ne croyez pas, mes frères, que le Fils ait moins de puissance que le Père, parce qu’il dit : « Ressuscite-moi », comme s’il ne pouvait se ressusciter lui-même. Ne croyez pas non plus que le Verbe de Dieu, égal à son Père, n’aurait pu ressusciter sa chair. Écoutez dans l’Évangile : « Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours ». Et pour dissiper tous les doutes : « Il parlait ainsi », dit l’Évangéliste, « du temple de son corps » (saint Augustin, Commentaire sur les Psaumes 40, 12).

Uni au Fils, l’homme a le pouvoir de se relever d’entre les morts. Pouvoir royal, puissance presque insoutenable, qui doit pourtant nous donner beaucoup de consolation et d’espérance. Dieu nous aime au point de ne pas nous priver de notre éveil d’entre les morts.

Père Jacques OLLIER