Les indulgences

En l’année de la foi promulguée par le saint Père, nous sommes invités à prendre conscience de la miséricorde de Dieu à notre égard. Chaque fois que nous récitons le Credo, nous disons que le Fils de Dieu est « descendu du ciel pour notre salut ». Ce même Credo nous fait proclamer que nous croyons en « un seul baptême pour la rémission des péchés » et en la « communion des saints ». Ce sont ces grandes vérités de foi que nous devons avoir présentes à l’esprit quand nous parlons de la doctrine des « indulgences », qui en est une illustration particulière.

On sait quelle fut, hélas, la pratique parfois déviante des indulgences en Occident pendant le Moyen-âge et au début de la Renaissance. À la pratique ordinaire de la charité recommandée par l’Église pour l’obtention de l’indulgence – conditionnée par un vrai repentir et la confession – s’était substituée une participation financière aux oeuvres de l’Église. Les actes de charité qui auraient dû accompagner la réception des indulgences et réparer en quelque sorte les fautes commises furent parfois transformées en simple libéralité, dons aux oeuvres, aux monastères, aux paroisses. L’accusation de simonie prévint donc de nombreux chrétiens à l’égard des indulgences.

Cette prévention est regrettable.

Parce que l’indulgence permet de prendre conscience de la solidarité que nous avons dans le péché, comme dans la grâce. Le péché dérègle les relations entre l’homme et Dieu, les hommes entre eux. Dérègle aussi la nature créée. Il atteint et trouble l’humanité entière. C’est ce que l’on appelle la solidarité dans le péché dont Adam est la figure principielle. On voit, dans le Livre de la Genèse, ce que le péché a comme conséquence : honte, fuite, accusation réciproque, peine de l’âme et du corps.

Le baptême et la confession remettent les péchés, puisque le fleuve de vie qui coule du côté du Christ emporte tout et nous restaure en notre état naturel ; mieux encore, nous recrée dans la condition de Fils de Dieu. Mais le baptême et la confession ne réparent pas les conséquences temporelles des fautes.
Dès lors qu’il y a péché, il y a donc réparation à prévoir : l’acte de foi répare le blasphème, la restitution ou le don répare le vol, la générosité répare l’envie. Mais il est des moments ou des circonstances où la réparation n’est pas possible : par exemple la calomnie dont on frappe une personne. Quelles que soient les paroles contradictoires que l’on peut dire à son propos pour réparer, le mal est fait. Voyez ceux qui sont mis au pilori lorsqu’il y a simple mise en accusation et non condamnation. Que faire, lorsqu’il n’y a pas de réparation possible ? L’Église y a réfléchi longtemps.

Sur le fondement certain de la médiation universelle du Christ pour notre salut, l’Église envisagea que, là où il y avait solidarité dans le péché, il y avait plus encore solidarité dans la grâce. C’est-à-dire que l’homme vertueux, doux, juste, bon, ne profite pas seulement à lui-même, à ses proches, mais à toute l’humanité. C’est ce que l’on appelle la communion des saints « Si un membre [de l’Église] souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres s’en réjouissent avec lui » saint Paul 1 Corinthiens 12, 26.

L’indulgence que l’on reçoit lorsque l’on est vraiment dans le regret de sa faute, (après la confession des péchés, la participation à la messe et la prière aux intentions du Pape), l’indulgence plénière donc, remet la peine temporelle du péché (les conséquences pratiques du péché rappelées ci-dessus), en vertu de la communio in caritate de tous les fidèles vivant dans le Christ. La moniale qui prie et fait pénitence dans son monastère, le juste frappé, condamné, le chrétien persécuté mais fidèle, nous obtiennent, dans le Christ, ce don précieux de la rémission des peines temporelles, à condition bien sûr que nous soyons portés par une même charité. Il ne s’agit pas de brader à bon compte une peine temporelle due au péché. Il s’agit de participer à l’oeuvre de la grâce qui se manifeste dans les croyants par la charité et s’exprime intérieurement par la contrition véritable et extérieurement par la réception de l’indulgence. Cette pensée doit bien nous réjouir et nous porter à rendre grâce au Seigneur qui nous offre, en lui, la grâce du pardon et dans la communion des saints d’être soutenus pleinement.

P. Jacques OLLIER

Benoît XVI – Dispositions pour indulgences