Dieu en sa venue

On nous promet, ces temps-ci, le pire. Tout simplement la fin du monde. Les Cassandres se font à nouveau entendre. Rien que de très ancien en cela. Il y a bien longtemps que quelques mauvais prophètes ont annoncé la destruction du monde. La crédulité des hommes s’est toujours attachée à de telles fariboles. Et encore de nos jours. On crée dans un État frontalier de la France une hotline (un standard téléphonique) pour répondre aux appels angoissés de ceux qui donnent foi à l’annonce de la fin imminente du monde. Cette disposition crédule est le propre d’un paganisme en plein essor.

Il en va tout autrement de ceux qui confessent le Christ. Deux choses nous distinguent de la crédulité païenne.

La première : l’annonce par Jésus de la fin du monde doit plutôt être comprise comme l’annonce de la fin d’un monde. Celui dans lequel nous sommes et qui tend à disparaître du fait même de sa constitution. Le monde tend à sa fin. Depuis le commencement pourrait-on dire. Il en va ainsi à chaque génération. Guerres, famines, destruction, persécution des justes. Tels sont les signes négatifs de la fin du monde. Il en est de positifs également, comme l’alternance des saisons qui déclinent invariablement le lent et inexorable passage du temps. Voyez ce que Jésus dit du figuier.

La seconde : tout en croyant le Christ lorsqu’il annonce la fin d’un monde, nous ne manquons pas de croire aussi qu’il se tient présent en cette catastrophe annoncée : « alors on verra le Fils de l’homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire. » (Évangile selon saint Luc 21, 27). Il faut remarquer cela avec beaucoup d’attention, pour ne pas verser, nous aussi, dans le catastrophisme. Dieu est là, présent, dans les pires moments. Il est au milieu de nous dans la tempête (celle du lac de Galilée), dans le désespoir (celui du Jardin des Oliviers), dans la mort (la croix). Il ne s’est pas dérobé à ce qui marque la finitude de ce monde.

Bien loin de nous recommander d’abdiquer, tandis que le pire se présente à nous, le Christ nous demande au contraire « de relever la tête ». Parce que de tels signes sont la preuve que notre délivrance approche. Le terme de délivrance traduit le grec : ἀπολύτρωσις, qui signifie, rédemption dans le lexique du Nouveau Testament. Notre rédemption approche lorsque nous confessons la présence du Christ, aussi improbable qu’elle puisse paraître, dans un temps que rien ne permet d’éclairer. C’est là que se vérifie la foi des croyants : « N’ayez pas peur, Je SUIS », déclare Jésus. Je SUIS Dieu. Au milieu de vous.

Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?

Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus ? C’est Dieu qui justifie.
Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?
Qui nous séparera de l’amour du Christ ? la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ?
Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés.
Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances,
ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Épitre aux Romains, 8, 31-39

Père Jacques OLLIER