Cana : l’alliance nouvelle et éternelle

À Cana en Galilée, Jésus « sauve » de justesse des noces qui risquent de tourner à la catastrophe faute de vin. En effet, à la suite de l’intervention de sa mère, il procure en abondance un vin délicieux à partir de l’eau destinée aux purifications juives. Jésus accomplit cette geste un certain troisième jour et en référence à l’avènement de son heure. L’évangéliste présente lui-même cet événement de Cana comme le commencement des signes par lequel Jésus manifesta sa gloire et grâce auquel ses disciples accédèrent à la foi en lui.

Quelle qu’ait pu être la matérialité de l’événement de Cana, on lui reconnaît quasi unanimement une valeur hautement symbolique à travers le récit qu’en donne l’évangéliste. Dans cet épisode, en effet, une série d’images et expressions (troisième jour, vin, noces) ne peut manquer de renvoyer à une longue tradition vétéro-testamentaire où elles sont associées à l’accomplissement des temps messianiques. Dans cette tradition, l’abondance du vin est une caractéristique de la plénitude des derniers temps (Am 9, 13-14 ; Os 14, 8 ; Jl 4, 18 ; Is 62, 8-9, Jr 31, 12), la symbolique nuptiale exprime la réalisation eschatologique de l’alliance entre Dieu et son peuple, tandis que la mention temporelle du « troisième jour » sert à évoquer un tournant décisif dans l’histoire sainte, comme le retour de Dieu à la fin des temps (Os 6, 2) ou plus simplement sa manifestation au Sinaï (Ex19, 11. 15. 16).

Dans cette perspective, ce qui arrive à Cana, « au troisième jour », doit être compris comme une manifestation spéciale de la fête des noces de Dieu avec l’humanité. Elles commencent avec la venue de Jésus, avec le don à profusion de la joie dont le vin délicieux de Cana est le signe. Provenant de l’eau des purifications de l’ancienne alliance, le vin de Cana exprime le passage de la Loi rituelle et extérieure au don de la grâce qui touche l’homme de l’intérieur, à la manière dont le vin « bu » saisit l’homme. Mais en même temps, l’évangile évoque ce que le vin de Cana est destiné à devenir définitivement, à savoir le sang même du Christ, quand viendra l’heure décisive où le Père doit glorifier son Fils par sa passion-mort-résurrection en guise de l’achèvement de l’alliance nouvelle et éternelle.

Le Pape Benoît XVI nous invite à ne pas oublier que le mystère émouvant de l’heure de Jésus anticipée à Cana « existe encore et toujours. À la demande de sa mère, Jésus anticipe symboliquement son heure tout en renvoyant à celle-ci. La même chose se produit toujours à nouveau dans l’Eucharistie. Exauçant la prière de l’Église, le Seigneur anticipe en elle son retour ; il vient déjà maintenant ; il fête ses noces avec nous en nous tirant en quelque sorte hors de notre temps, en avant, vers cette ‘heure’ »

Père Justin ZITISA