La hâte de Marie

Plusieurs indices dans l’évangile de ce dimanche doivent nous permettre de mieux comprendre ce que l’évangéliste veut nous dire en ce récit de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth.

Le premier est son départ « en hâte ». On peut prêter de multiples motifs à cette précipitation de la jeune fille qui vient de recevoir l’annonce inouïe qu’elle est choisie parmi toutes les femmes pour être la mère du Seigneur. Ces motifs divers -affinité avec la vieille cousine, besoin de se confier à une femme plus âgée- peuvent fort bien être reçus. Aucun d’entre eux n’apparait cependant dans le récit évangélique, mais bien un autre. Lors de l’annonce faite à Marie, l’ange, à la question de la jeune femme lui demandant comment elle pourrait concevoir un enfant -ne connaissant pas d’homme- avait répondu en deux temps.

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ».

Ce premier temps dit l’origine divine de l’enfant à naître. Le second est le signe par lequel doit être confirmé l’annonce :

« Et voici qu’Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; car rien n’est impossible à Dieu »

À la parole de Dieu que lui communique l’ange, Marie accorde sa foi. Et elle conçoit. Mais le signe qui lui a été donné -la maternité tardive d’Élisabeth sa cousine- doit la confirmer dans son premier propos. Telle est la raison de la hâte de Marie. Plus loin dans l’évangile, saint Luc ne procèdera pas autrement lors d’une autre annonce. Celle faite aux bergers par l’ange :

« ‘Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.’ Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux : ‘Allons jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître’. Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. »

Remarquons la délicatesse de Dieu qui ne laisse pas démunis ceux qu’Il sollicite de croire. Sans doute, dans l’un et l’autre cas, l’annonce est-elle si exceptionnelle qu’elle supporte, si l’on peut dire ainsi, un signe de confirmation. Mais ce que Dieu nous promet ne l’est-il pas non plus ? Que nous puissions être appelés fils de Dieu et que nous le soyons ? Que nous ayons part à son Esprit de sainteté et que nous le recevions ? Que nous soyons invités à sa table où il se donne à nous en nourriture. N’est-ce là rien d’extraordinaire ? Il advient parfois que ces vérités se voilent pour nous.

Soyons assez humbles pour recueillir les signes que Dieu donne pour corroborer ses promesses. Hâtons-nous de les observer, comme le fit Marie. Car Dieu ne nous laisse pas sans signe de la réalisation de sa promesse. Quels sont-ils ? Des événements singuliers qui surgissent dans nos existences. La générosité d’hommes et de femmes qui s’oublient pour nous aider. La sainteté de quelques-uns qui signalent la présence de Dieu en ce monde. Ce sont là les signes des temps que le Concile Vatican II a mis, fort à propos, en évidence (cf. Constitution Gaudium et spes 34)

Le second indice, en ce récit, est biblique : la salutation d’Élisabeth à sa cousine : « Tu es bénie entre toutes les femmes ». Deux autres femmes dans l’Ancien Testament se voient honorées de la même salutation. Judith, après qu’elle eût tranché la tête d’Holopherne (Judith 13, 23) et Yaël, qui perça la tempe du général Sisera (Juges 5, 24). Non sans raison, l’évangéliste prête à Marie ce titre. Car Élisabeth voit en Marie, non une simple jeune femme enceinte, mais celle qui sauve son peuple, par sa foi, comme Judith et Yaël, par leur courage, avaient autrefois sauvé leur peuple. Le courage de Marie a été de croire ce que lui avait annoncé l’ange. Celui des bergers est d’avoir cru et d’être allés, en hâte, observer le signe. Qu’il en soit de même pour nous. Ayons assez de courage pour croire que ce que Dieu nous promet trouvera en nous sa réalisation. Et scrutons les signes qu’il nous en donne.

« Ah si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, Oh qu’il leur faudrait obéir de bon coeur ! La nécessité et les événements en sont infailliblement » ((PASCAL, B., Pensées et Opuscules, Ed. Léon Brunchvics n° 553 in Le Mystère de Jésus))

Père Jacques OLLIER