Le Mystère du Baptême du Seigneur

« Quels événements incroyables : le fleuve sans limite qui réjouit la cité de Dieu, comment est-il lavé dans un peu d’eau ? » La tradition chrétienne ne cesse de s’étonner, de s’émerveiller du mystère célébré aujourd’hui : le baptême du Christ. « La source incompréhensible qui fait jaillir la vie pour tous les hommes a été recouverte par les eaux misérables et passagères. »

Naturellement, nous désirons saisir la signification de cet acte surprenant. Avant tout, et cela est bien souligné par saint Luc, le Christ s’immerge dans un peuple (« Alors que le peuple était en attente », … « Comme tout le peuple se faisait baptiser »).

Un peuple de pécheurs qui accepte de faire pénitence et de recevoir la grâce de Dieu. Le Christ ne nie pas l’existence du mal, ne le minimise en rien, mais l’assume, s’y plonge. Et cela sans aucune contamination «Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a fait pour nous péché afin qu’en lui nous devenions justice en Dieu ». Péché, pas pécheur : le Christ s’identifie à un peuple de pécheurs, pour en faire un peuple de saints, c’est-à-dire d’hommes et de femmes qui reçoivent en lui la justification.

Admirable retournement : l’antique malédiction se mue en pluie de grâce. Quoi de meilleur pour l’exprimer que le signe de l’eau ? Capable de donner la mort (inondations, déluge, noyades), elle est aussi indispensable à la vie. Noyant son vieil être avec le Christ, le baptisé boit aux sources de la vraie vie.

Telle est l’oeuvre pour laquelle le Fils a été envoyé. Telle est la diffusion de l’amour du Père au milieu des ténèbres de ce monde. Régénéré à la fontaine baptismale, chacun peut entendre les mots de l’adoption : « Tu es mon Fils bien-aimé. Tu as tout mon amour. »

Les controverses actuelles, pour pénibles qu’elles soient souvent, ont au moins cet avantage : inviter les chrétiens à réfléchir sur la grandeur de l’idée de Paternité. Et ainsi à élever nos esprits. Paulo maiora canamus.

Saint Paul nous dit que toute paternité vient de Dieu. Cela n’est pas à entendre d’une façon métaphorique, comme si Dieu était un artiste père de son oeuvre. Pour chacun des hommes, Dieu est infiniment plus Père que leur père humain. Il est à l’origine et à la fin. Tout vient de Lui et va à Lui ; les autres pères ne sont pas dévalorisés mais ne doivent pas oublier qu’ils transmettent la vie (ce qui est déjà admirable), ils ne la créent pas.
On a dit, justement, que l’enfant était le grand oublié des discussions. On aurait envie d’ajouter, selon l’expression familière : « Et Dieu dans tout ça ? »

Père Emmanuel DUFRESNE