Avec le Christ, montons à la Montagne de Dieu

La Montagne de la transfiguration figure parmi les sites incertains en Terre Sainte. La tradition byzantine, au IVème siècle, la situe au Mont Thabor, à quelques kilomètres de Nazareth. La proximité du lieu où Jésus passa 30 ans de sa vie explique aisément qu’on se soit résolu à le choisir comme lieu commémorant le récit que nous lisons aujourd’hui. Force est de constater néanmoins, qu’il est bien difficile de donner le nom de montagne (parfois appelée haute) à ce promontoire de 500 mètres de haut.

Les évangélistes se gardent bien de préciser l’endroit. Cette anomalie voulue doit nous conduire à interpréter ce passage de la manière suivante :

La Montagne sur laquelle le Christ prend Pierre, Jean et Jacques (παραλαβὼν Πέτρον καὶ Ἰωάννην καὶ Ἰάκωβον) ne peut être seulement représentée comme un lieu géographique. C’est une élévation mystique. Ce sommet est l’état de l’âme où Dieu se manifeste aux hommes choisis, élus par lui.

Moïse, sur le Sinaï : les incohérences de la description des montées et des descentes du chef des Hébreux nous laissent clairement percevoir qu’il ne s’agit pas d’une ascension physique.

Autre béni de Dieu : Élie, qui s’en vint trouver réconfort et assurance, sur la Montagne, quand Jézabel, la reine païenne du royaume d’Israël, le poursuivait de sa haine.

Nous les rencontrons, ces deux hérauts de Dieu, sur la Montagne, avec le Christ, Pierre, Jean et Jacques. L’Église en eux personnifiée. Car l’Église a son siège dans les cieux, à l’ombre de Dieu, au creux du Rocher. C’est pourquoi il est dit qu’une Nuée, une ombre, les couvrit tous.

L’entrée dans le mystère de Dieu ne se fait pas, en effet, sans quelque inconnaissance. Dieu ne saurait être connu parfaitement. Aussi ne cesserons-nous de monter avec lui. Lui grandira avec nous.

Tel est le terme que Jésus montre à ses disciples, après leur avoir prédit sa Passion. Tel est l’aboutissement qu’il nous montre au début du Carême.

« Accourons donc, dans la confiance et l’allégresse, et pénétrons dans la nuée, ainsi que Moïse et Elie, ainsi que Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, sois magnifiquement transformé, sois emporté hors du monde, enlevé de cette terre ; abandonne la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même : Seigneur, il nous est bon d’être ici » (Anastase du Sinaï, Homélie pour la fête de la Transfiguration)

Montons avec le Christ sur la Montagne de Dieu. Cette ascension mystique ne se fait pas sans étape et sans refuge. Sans passer par Jérusalem, sur la Montagne Sainte. Sans trouver refuge au Mont Golgotha, lieu de notre salut.

Et non moins sans passer par notre petite Montagne-Sainte-Geneviève, où nous nous élèverons ensemble vers Dieu, aux Jours Saints.

Père Jacques OLLIER