Hommage à Benoît XVI

Tout au long de son pontificat, notre Pape a fait preuve d’une pénétration d’esprit rare. S’inspirant des éléments de discernement que le Concile Vatican II avait mis à disposition des pasteurs et des fidèles il a choisi de privilégier quelques actions propres à permettre à l’Église d’entrer dans l’espérance.

1. La première de ses actions fut de préserver, conserver et améliorer l’unité de l’Église : « C’est donc pleinement conscient, au début de son ministère dans l’Église de Rome que Pierre a baigné de son sang, que son Successeur actuel prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l’unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ » (Benoît XVI, Premier message, 20.IV.2005). Il a entrepris tout d’abord de réconcilier les catholiques chinois, ceux de l’église officielle, et ceux liés à Rome (Lettre aux Évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs de l’Église catholique en République Populaire de Chine, mai 2007)

Il a tout mis en oeuvre pour réintégrer dans la pleine communion avec le Siège apostolique la Fraternité Saint Pie X, non sans attendre, de la part de la Fraternité, l’acceptation de quelques principes irréfragables pour l’Église catholique (Janvier 2009)

Il a contribué à l’unité de l’Église en instituant une prélature personnelle pour les anglicans souhaitant la pleine communion avec Rome (Constitution apostolique Anglicanorum coetibus, novembre 2009).

Enfin, il a convoqué un synode sur les églises d’Orient dans lequel il invite à une plus grande observation de ce que l’on appelle la communicatio in sacris, c’est-à-dire la possibilité pour des chrétiens Orientaux, qui en toute bonne foi sont séparés de l’Église catholique, de recevoir les sacrements de pénitence, de l’Eucharistie et de l’onction des malades (Ecclesia in medio oriente, septembre 2012).

Cette préoccupation constante pour l’unité de l’Église, que Joseph Ratzinger manifestait déjà lorsqu’il était cardinal, ne sert évidemment pas seulement la communion entre les chrétiens, mais a pour fin l’unité de l’humanité. C’est ce qu’il faut bien remarquer.

2. Le juste rapport entre foi et raison a été également un sujet de préoccupation pour le Pape. Cette attention était déjà sienne avant qu’il ne fût élu par les cardinaux : « In principio erat Verbum – au commencement de toutes les choses il y a la force créatrice de la raison. La foi chrétienne est aujourd’hui comme hier l’option pour la priorité de la raison et du rationnel. » (Vérité du christianisme, Paris, amphithéâtre de la Sorbonne, novembre 2009)

Pour le Pape, l’affirmation de la foi qui ne contredit pas la raison, est le socle sur lequel peut se reposer l’homme pour l’accès à la vérité. Sans cet accès à la vérité, il n’y a qu’opinions et relativisme.

Tout se vaut, donc rien n’est vrai. Mais alors quelle valeur peut avoir telle ou telle opinion qui est susceptible d’être contredite ? De récents débats ont fait la preuve de l’inanité de ces joutes. S’il n’y a pas de vérité, pourquoi débattre ? Que chacun se retire avec son opinion et la mette en oeuvre. Il n’est guère envisageable, alors de fonder une société unie. Ce que le Pape a bien compris : « le relativisme conduit à ne pas avoir de points de référence, le soupçon et la légèreté provoquent des ruptures dans les relations humaines, alors que la vie est vécue dans le cadre d’expériences qui durent peu, sans prise de responsabilité. » (Audience, octobre 2012)

3. La liberté religieuse. C’est un thème qui revient dans de nombreux discours du pontificat et dans la plupart de ses voyages dans des pays où le christianisme est en situation difficile, que ce soit dans des pays à idéologie athée (Cuba) ou des pays où l’islam est la religion majoritaire. Il consacrera l’un de ses messages pour la paix (1er janvier 2011) à ce thème, dans un long texte qui a l’ampleur d’une encyclique. “ Il est douloureux de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux. Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse. Tout cela ne peut être accepté, parce que cela constitue une offense à Dieu et à la dignité humaine ; de plus, c’est une menace à la sécurité et à la paix, et cela empêche la réalisation d’un réel développement humain intégral » (Message pour la journée mondiale de la paix, janvier 2010).

Saint Père, nous vous remercions pour avoir été un sage, un prophète. Votre successeur, assurément, saura donner corps à vos intuitions. Elles préserveront l’Église et toute la société humaine du risque de se désunir.

Père Jacques OLLIER