Détour

La première lecture de ce dimanche appartient au Livre de l’Exode. Elle relate la vision du buisson ardent. L’Évangile selon Luc, quant à lui, livre un enseignement sur la conversion et une parabole sur le figuier stérile. Apparemment, ces deux lectures ne se coordonnent pas.

Apparemment. Car à y regarder de près, un petit mot établit un lien sûr. Lisons : Moïse dit : « Je vais faire un détour ( en hébreu, παρελθὼν en grec).pour voir cet étrange spectacle, et pourquoi le buisson ne se consume pas. » (Ex. 3,3). Un simple mot, placé à cet endroit idéalement pour dire comment l’on vient à Dieu. Il n’est pas de chemin qui mène à lui qui ne nous fasse emprunter un détour. L’Évangile de ce jour ne dit rien d’autre. D’abord en nous exhortant à la conversion, à un changement de direction. Exactement, le mot metanoia employé par saint Luc et dans le Nouveau Testament signifie un changement de pensée, le repentir, et implique l’idée d’une mutation et d’une renaissance. La seconde partie du texte lucanien offre donc à nos regards la géographie de cet itinéraire pour aller à Dieu.

La parabole illustre avec soin de quelle terre il s’agit. Le figuier n’a pas donné de fruit pendant trois ans. Nous trouvons là un indice assez largement reconnu par les spécialistes du nombre d’années que le Christ a passé dans son ministère public. Il a exhorté pendant trois ans, il a fait des signes et des miracles. Mais cela n’a pas suffi. Il est en route, maintenant pour monter à Jérusalem et y déposer sa vie. La terre en surcroît que le cultivateur propose au propriétaire du figuier de mettre au pied de l’arbre, cette terre est celle de la croix. La terre du salut. Il n’est pas d’autre voie pour obtenir le pardon, pas d’autre moyen de se guérir, pas d’autre planche de salut. Là, brille à nos yeux le feu inextinguible de la vie divine que l’on peut prendre comme un fruit sur l’arbre.

Tournons nos regards vers la croix du Christ, la terre du buisson ardent, où la Vie brûle sans se consumer, où le Verbe git, meurt et communique son être immortel.

Les yeux fixés sur Jésus Christ, détournons-nous de ce qui doit périr et contemplons ce qui demeure à jamais. Saluons la croix par cet hymne antique : ave, o crux, spes unica ((6ème strophe de l’hymne Vexilla Regis, composé au VIème siècle par Venance Fortunat, évêque de Poitiers))

Père Jacques OLLIER