Pâques de ce monde au Père

Aujourd’hui, nos pères sont délivrés de l’esclavage d’Égypte et de la main de Pharaon. Par Dieu, et par Moïse son serviteur, ils sont sauvés de la servitude, à main forte et à bras étendus. Aujourd’hui, ils ont mangé la Pâque en toute hâte, car l’amour de la liberté n’attend pas un ventre plein. Aujourd’hui ils franchissent à pied sec la mer rouge. Aujourd’hui, sur la montagne sainte, ils servent le Seigneur et confessent son Saint Nom.

Cet aujourd’hui de la Pâque d’Égypte trouve sa réalisation parfaite dans la Pâques du Christ. Les deux s’éclairent mutuellement. L’une préfigure l’autre. La seconde la mène à son terme. Aussi ne pouvons-nous ignorer ni l’une, ni l’autre. Et si quelqu’un ne comprend pas, qu’il ne s’en prenne pas à Moïse. Car alors Moïse leur montrera « le rocher qui est le Christ. Car le Christ, frappé et mis en croix, a fait jaillir les sources de la Nouvelle Alliance. » (Origène, Homélie sur l’Exode, Éd du Cerf, 1946, p. 233). Cette référence au Christ – Rocher trouve sa compréhension dans la référence implicite que fait Origène à la parole de l’apôtre Paul dans l’Épitre aux Corinthiens : « Car je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères : nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer, tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, tous ont mangé le même aliment spirituel et tous ont bu le même breuvage spirituel – ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ. » (1 Co, 10, 1-3).

Le Christ passe. Il fait sa Pâques et accomplit l’exode de Jacob. Depuis les liens de l’ignorance et de l’asservissement à la Montagne de Dieu. Il traverse la mort à pied sec. Non sans étendre les bras et se laisser pénétrer du salut de Dieu. Il prend pied sur le rivage de la vie et s’en va dans les hauteurs, à la Montagne Sainte, pour y louer le Nom du Seigneur. De là il répand l’Esprit sur toutes créatures. De sorte que Dieu soit présent à tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Tel est l’itinéraire pascal de Jésus. Tel est aussi le nôtre. Notre humanité s’en va en Dieu. Elle ne s’y dissout pas. Elle s’y oriente et trouve en Lui, non son aliénation, mais sa parfaite solution. Qui ne comprend pas cela, ne peut comprendre aussi que notre liberté n’est pas aliénée par l’obéissance à Dieu, mais au contraire libérée.

La revendication imbécile d’une liberté débridée est aujourd’hui la principale objection – parfois tacite – à la confession de foi. Montrons aux hommes que notre liberté n’est pas altérée, mais au contraire, vivifiée par notre appartenance à Dieu. Inventons de nouveaux lieux de paix et de communion, dans notre paroisse, nos familles, nos foyers, nos associations, et convions y ceux et celles qui pensent tout avoir et manquent l’essentiel. Ils disent : « Je suis riche, j’ai acquis de grands biens, je n’ai besoin de rien » ; et ils ne savent pas qu’ils sont malheureux, misérables, pauvres, aveugles et nus (Apocalypse, 3, 17-18).

Offrons-leur l’or éprouvé par le feu. L’or de la promesse de Dieu. Offrons-leur le témoignage de ce que Dieu a fait pour nous. De notre Pâques. Le Seigneur a fait telle et telle chose pour moi. Il a fait de moi son enfant. Il m’a pardonné, m’a consolé dans la peine, m’a rassasié de son Pain, m’a donné la foi, l’espérance, enfin m’a fait héritier du Royaume, c’est-à-dire familier de Lui. Sachons être simples dans le témoignage de notre Pâques. Simples et convaincants.

Dieu, en ce jour très saint vous communique sa joie. La joie de son Fils ressuscité. Qu’Il vous bénisse et vous garde !

Père Jacques Ollier