La Pentecôte dans les Actes des Apôtres

«Quand s’accomplissait (συμπληροῦσθαι) le jour de la Cinquantaine » ((La Pentecôte, d’origine païenne, est une fête agricole où l’on célébrait la fin de la moisson des blés (Ex 23,16 ; 34,22), d’où le nom de fête « de la moisson » (Ex 23,16) ; son rituel se lit en Lv 23,15-21. Elle doit avoir lieu « sept semaines complètes, cinquante jours » après la Pâque (Lv 23,15-16). De là, les noms de « fête des Semaines » en hébreu ((Chavouot), et de « Pentecôte » dans le judaïsme hellénistique (le « cinquantième jour », en grec). Au premier siècle de notre ère, la Pentecôte est encore reçue très largement comme une fête purement agricole ; seuls certains milieux ont commencé à la rattacher à l’histoire du salut, c’est-à-dire au don de la loi sur le mont Sinaï, cinquante jours après la sortie d’Égypte.))

La phrase d’ouverture du récit ressemble à celle qui, dans l’Évangile selon saint Luc, ouvre la longue montée du Christ à Jérusalem : « Comme le temps s’accomplissait (συμπληροῦσθαι) où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem » (Luc 9,51). Le « jour qui s’accomplit » concerne la venue de l’Esprit Saint promis par les prophètes et par le Christ lui-même : « Vous allez recevoir une force d’En-Haut », déclare-t-il peu avant son Ascension.

L’expression « tous ensemble » insiste sur l’unité du groupe et caractérise la communauté croyante dans les Actes. Déjà, une expression semblable était employée un peu avant. Cette référence à l’unité de la communauté des croyants conduit à considérer que l’ensemble de la communauté, et non seulement les douze Apôtres, reçoit en ce jour, le don de l’Esprit Saint.

Au verset 2, Le phénomène auditif est un bruit, (un écho en grec) terme que l’on retrouve ailleurs pour désigner la théophanie du Sinaï, (lorsque Dieu fit don à Moïse de la Loi). Il est produit par un « violent coup de vent  » qu’il faut rapprocher du « Souffle de l’Esprit » . Le phénomène décrit l’est selon une comparaison : «comme un vent impétueux». Ce terme « comme » indique le caractère ineffable de l’expérience spirituelle. D’ailleurs, ce bruit vient « du ciel », c’est-à-dire d’une initiative divine. Le ciel n’est donc pas définitivement fermé. Jésus, exalté dans son Ascension, répand l’Esprit » (Ac 2,33).

Le phénomène visuel est lui aussi d’origine divine : il est qualifié «d’apparition». Une seconde fois, il y a comparaison : ce sont « des langues partagés comme du feu ». Non pas des langues de feu, mais des langues pour parler (celles qu’emploieront les disciples pour s’adresser aux différentes nations rassemblées à Jérusalem). Ces langues se diffractent, comme le fait le feu, sur les disciples.

L’Esprit donne ainsi de « s’exprimer (apophtheggomai) », un verbe très rare et solennel, utilisé par la Bible grecque pour désigner la parole prophétique. Car « nous sommes les ambassadeurs de Dieu ». Un lien très étroit unit désormais le Christ et ses disciples : ils ont le même commencement ; entre Jésus avant Pâques et l’Église qui naît, il y a une même origine divine. Ils viennent de l’Esprit et les font prophètes de Dieu.

Que Dieu lui-même nous enseigne, comme il l’a promis, la parole de réconfort, la parole de vérité, constructive, efficace. Qu’ils fassent de nos langues des organes, non de propagande, mais d’amour, de foi et d’espoir. Contre toutes violences, paroles sans parole. Paroles insoutenables. Cris de nos peurs et de nos failles. Que de notre parole, naissent la concorde et la paix.

Père Jacques OLLIER