À propos de l’usage d’un unique autel à Saint-Étienne-du-Mont

La réforme liturgique souhaitée par les Pères Conciliaires ne cesse, depuis la promulgation de la Constitution Sacrosanctum concilium, d’énerver les esprits. Cette réforme liturgique, faut-il le rappeler, a été précédée d’une très longue préparation faite d’études innombrables sur l’histoire de la liturgie et en particulier de la messe. La réforme n’a donc pas de caractère totalitaire ou impulsif, comme on peut le lire ici ou là. Le pape Pie XII avait anticipé cette réforme liturgique par un certain nombre d’adaptations nécessaires, comme le rétablissement de la vigile pascale, mère de toutes les fêtes chrétiennes, que l’on célébrait naguère… le samedi saint, le matin vers 10 heures ! Les décrets de 1950 et de 1955 qui restauraient la vigile pascale provoquèrent une explosion de joie dans toute l’Église. La suite de la réforme fut conduite par les Pères conciliaires. On comprend dès lors que la première constitution conciliaire à être promulguée fut la Constitution sur la liturgie (1963) ; Constitution Sacrosanctum concilium votée par 2147 voix contre 4.

Son intention principale est de promouvoir la pleine participation des fidèles à la liturgie et en particulier au sacrifice eucharistique. Ce n’est pas le prêtre seul qui offre le sacrifice eucharistique, c’est toute l’Église et chacun de ses membres. Doctrine traditionnelle que l’on trouve déjà chez les Pères de l’Église (Irénée Ad Hae. I, 1, Athanase Ep. Heort, 2, 9 Chrysostome, In Heb. Hom. 17, 3, Cyrille de Jérusalem, Catech. Myst., V, 10).

Il n’en va pas autrement pendant le Moyen Age pré-scolastique (Rémi d’Auxerre, Hughes d’Amiens, Paschase Radbert…). Les premiers théologiens scolastiques et les grands docteurs tiennent le même langage. Le canon romain (prière eucharistique n°1 dans nos missels actuels), dont le noyau peut être daté de la fin du IVème siècle, mentionne la participation des fidèles (plebs tua sancta, auprès des servi tui). Le texte indique en outre : « Nous t’offrons pour eux, ou ils t’offrent pour eux-mêmes et tous les leurs, ce sacrifice de louange… »

C’est donc toute l’Église qui offre le sacrifice du Christ. Sacrifice du Christ actualisé par le ministère des prêtres qui sanctifient par la puissance de l’Esprit Saint les offrandes et les consacrent par le récit de l’institution de l’eucharistie : « ceci est mon Corps ».

Le Saint Concile a donc retrouvé une très ancienne intuition chrétienne qui s’était un peu perdue dans les sables d’un rubricisme étroit et d’une dévotion eucharistique matérielle. Pour le dire autrement, s’est substituée lentement à l’action de l’offrande dans la messe, la vénération du Corps du Seigneur dans le tabernacle.

La réforme conciliaire est donc heureuse. Elle a évidemment plusieurs conséquences dans l’attitude et la participation des fidèles laïcs à la messe (qui ne peuvent plus comme autrefois, réciter leur chapelet pendant que le prêtre marmotte des prières, ou lire leur missel, ou, comme me l’a dit un paroissien, penser à ce qu’ils veulent…)

L’autel trouve évidemment dans cette réforme une place de choix. Car il est le lieu privilégié de l’action liturgique. C’est pourquoi la réforme, tout en accordant une place de choix à la vénération du Corps du Seigneur dans le tabernacle, a bien soin de distinguer les deux lieux. Celui de l’offrande eucharistique du Corps du Christ au cours de la messe, sur l’autel, par toute l’Église et celui de la vénération du Saint Sacrement dans le tabernacle.

Il nous a paru important que Saint-Étienne-du-Mont puisse s’adapter à cette réforme
En conséquence, il n’y a plus qu’un seul autel utilisé dans l’église. Celui, central, du podium, sous le jubé. La messe en semaine est célébrée également sur cet unique autel. Le Saint Sacrement sera vénéré dans la chapelle de la Vierge, endroit propice et recueilli.
La présence du Saint Sacrement dans la chapelle de la Sainte Vierge a également pour avantage d’éviter que les fidèles qui participent à la messe le dimanche dans le petit choeur ne tournent le dos au tabernacle.

Nous allons tester ce dispositif au cours du 1er semestre et nous le modifierons si nécessaire. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques. Elles seront entendues.

Avec mon religieux dévouement.

Père Jacques OLLIER, curé