Dieu et l’argent font-ils bon ménage ?

Question récurrente, mais non embarrassante. La Doctrine sociale de l’Église élaborée depuis de nombreux siècles, mise en forme à partir de Léon XIII (Encyclique Rerum novarum 1891) et constamment actualisée au XXème siècle, propose trois voies fondamentales, trois pierres de touche qui permettent de considérer sans crainte le rapport que nous pouvons avoir avec l’argent.

Ces trois principes sont : la destination universelle des biens ; le principe de subsidiarité ; le principe de solidarité.

Ces trois principes se rapportent tous à un fondement unique : la dignité inaliénable de la personne humaine.

Si nous considérons l’argent en fonction du premier principe, que pouvons-nous en déduire ? Qu’il doit servir au plus grand nombre et non seulement à une minorité. C’est un premier point. Qu’il ne doit donc pas être l’apanage de quelques-uns ou faire l’objet d’une rétention indue. En résumé, que l’argent doit servir au bien commun. À sa famille (éducation, épargne, propriétés si du moins elles servent), à l’économie (investissement, construction, participation), au travail ou à tout autre usage qui sert au bien commun. Tout le contraire de l’usage qu’en fait Harpagon : « Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire sentinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu’on fait ? Je tremble qu’il n’ait soupçonné quelque chose de mon argent. Ne serais-tu point homme à aller faire courir le bruit que j’ai chez moi de l’argent caché ? » (Molière, L’Avare, acte I, scène 3)

Le Compendium sur la doctrine sociale de l’Église encourage à une autre attitude : « Le principe de la destination universelle des biens invite à cultiver une vision de l’économie inspirée des valeurs morales qui permettent de ne jamais perdre de vue ni l’origine, ni la finalité de ces biens, de façon à réaliser un monde juste et solidaire, où la formation de la richesse puisse revêtir une fonction positive. En effet, la richesse [peut être conçue comme le] résultat d’un processus productif d’élaboration technique et économique des ressources disponibles, naturelles et dérivées, conduit par l’imagination, par la capacité de programmation, par le travail des hommes, et employé comme moyen utile pour promouvoir le bien-être des hommes et des peuples et pour s’opposer à leur exclusion et à leur exploitation. (n°174)

Le deuxième fondement est la subsidiarité : « Le principe de subsidiarité protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions. Ce principe s’impose parce que toute personne, toute famille et tout corps intermédiaire ont quelque chose d’original à offrir à la communauté. » (n°187). Il inclut le droit à la propriété comme bien personnel imprescriptible. Voilà ce qu’en dit le Compendium : « La propriété privée et les autres formes de possession privée des biens « assurent à chacun une zone indispensable d’autonomie personnelle et familiale ; il faut les regarder comme un prolongement de la liberté humaine. Enfin, en stimulant l’exercice de la responsabilité, ils constituent l’une des conditions des libertés civiles ». La propriété privée est un élément essentiel d’une politique économique authentiquement sociale et démocratique et la garantie d’un ordre social juste. La doctrine sociale exige que la propriété des biens soit équitablement accessible à tous, de sorte que tous en deviennent, au moins dans une certaine mesure, propriétaires, sans pour autant qu’ils puissent les « posséder confusément». (n°177)

Pas de pot commun avec redistribution universelle, ou péréquation. Mais une responsabilité de chacun qui permet à la liberté créatrice, au génie, au mérite de se voir récompensé.

Le troisième fondement est la solidarité. C’est le plus connu. Longtemps pratiquée elle consiste à venir en aide à ceux qui en ont besoin. On en trouve la source dans la Révélation : la fameuse dîme. Elle trouve aujourd’hui de nombreux modes d’expression, en particulier le denier de l’Église. Pour un ordre de grandeur, on donne cette mesure : 10% de ses revenus après impôt. « donner et donc aider ? investir et créer des emplois ? favoriser la création, la recherche, le savoir ou les arts ? À chacun de voir ce que la Providence attend de lui… » Pierre de Lauzun, L’Évangile, les Chrétiens et l’Argent, Cerf, 2004.

Père Jacques OLLIER