La Toussaint et le secret du vitrail

« Qui donc peut être sauvé, se disaient les disciples ? » Fixant son regard sur eux Jésus leur dit : « Aux hommes, c’est impossible ; mais à Dieu, tout est possible » Mt 19, 25-26. La solennité de la Toussaint dont nous nous approchons vient soutenir notre espérance. Elle est le signe que nous ne sommes pas abandonnés à notre pauvreté, voire à notre médiocrité : la grâce de Dieu vient à notre secours et elle produit son oeuvre transformante.

Il nous est donné, en effet, de contempler la multitude des saints : ceux qui ont laissé l’impossible se réaliser en eux. Chacun est un témoignage vivant de la victoire du Christ. Comme un vitrail projetant sa couleur sur le sol d’une église est témoin du soleil qui le baigne de ses rayons, les saints sont témoins de la lumière du salut qui les a illuminés. Rassemblés, les uns à côté des autres, ils donnent à contempler le motif d’ensemble : le visage du Sauveur.

Mais cette multitude ne se contente pas d’être un exemple qui nous inspirerait de loin. Elle contribue à notre propre marche en nous portant par son intercession. En mai 1883, sainte Thérèse de Lisieux rêva de Mère Anne de Jésus, la fondatrice du Carmel en France, et fut marquée par sa tendresse et sa sollicitude à son égard. Ce rêve dont elle conserva un souvenir très net fit évoluer sa compréhension du Ciel :

« (…) je croyais, je sentais qu’il y a un Ciel et que ce Ciel est peuplé d’âmes qui me chérissent, qui me regardent comme leur enfant… Cette impression reste dans mon cœur, d’autant mieux que la Vénérable Mère Anne m’avait été jusqu’alors absolument indifférente, je ne l’avais jamais invoquée et sa pensée ne me venait à l’esprit qu’en entendant parler d’elle, ce qui était rare. Aussi lorsque j’ai compris à quel point elle m’aimait, combien je lui étais peu indifférente, mon cœur s’est fondu d’amour et de reconnaissance, non seulement pour la Sainte qui m’avait visitée, mais encore pour tous les Bienheureux habitants du Ciel… » (Manuscrits B, 2 v°).Comme celui qui s’avance sous la lumière projetée du vitrail ressent la chaleur du soleil, puissions-nous à l’occasion de cette solennité découvrir la tendre sollicitude de ceux qui nous précèdent et nous espèrent dans le Royaume.

Père Gabriel WÜRZ +