L’échelle de la foi

Nous avons vu dimanche dernier que la foi était susceptible d’augmenter, de diminuer, de croître ou de disparaître. Les apôtres demandaient au Seigneur : « augmente en nous le foi ». Et lui répondait : « la foi, si vous en aviez gros comme un grain de moutarde… »
Aujourd’hui, l’évangile ne nous conduit pas à mesurer la quantité de notre foi, mais sa qualité. La foi trouve en effet une qualification dans son objet. Le récit de la guérison des dix lépreux nous en persuade.

Essayons de le suivre pas à pas. Nous découvrirons ainsi jusqu’où peut nous conduire la foi et comment elle peut être qualifiée par Celui qui y répond.

  1. la supplication : dix lépreux, tel un choeur antique, s’écrient : « Ἰησοῦ ἐπιστάτα, ἐλέησον ἡμᾶς ». Jésus, maître, prends pitié de nous. Le terme ἐπιστάτα -que seuls emploient les disciples de Jésus- a l’avantage de ne pas évoquer les écoles philosophiques et d’inclure le sens d’autorité. La foi reconnaît la puissance à l’oeuvre dans l’existence du Christ.
  2. Les dix lépreux partent vers Jérusalem, pour faire reconnaître, comme le demandait la loi de Moïse, leur guérison.
  3. En chemin, ils constatent qu’ils sont guéris.
  4. Un seul retourne vers Jésus. Il se convertit (ὑπέστρεψεν), pourrait-on traduire. Ce qui le conduit à rendre gloire à Dieu et grâce à Jésus devant lequel il se prosterne.
  5. Celui-ci s’étonne de n’en voir qu’un seul parmi les dix. Pourquoi cet étonnement ? Parce que la foi dans sa pureté ne conduit pas à soi, mais à Dieu. Elle ne peut être considérée seulement comme un moyen. Elle honore, par la confiance qui lui est faite, celui qui tient parole.
  6. Ayant été reconnu comme médiateur de Dieu et des hommes, Jésus peut qualifier la foi de cet homme : « ta foi t’a sauvé ». Non pas guéri seulement, mais sauvé.

Tel est le chemin de la foi. Il part de nos demandes légitimes, lorsque nous sommes accablés, ou dans le besoin d’un secours. Elle se meut en conversion (retour vers Jésus), car elle découvre en lui plus qu’un simple thaumaturge, mais celui qui est capable de nous donner infiniment plus que nous n’osons demander. Le chemin de foi la qualifie en trois temps.

1er temps : En nous donnant ce que nous lui demandons Jésus nous fait entrevoir un bien plus grand.

2ème temps : Ayant remarqué ce bien plus grand nous nous convertissons à lui, nous revenons à lui dans la louange.

3ème temps : En le louant, nous sommes sauvés, car nous le confessons pour ce qu’il est, et non pas seulement par rapport à nos besoins.

Le salut que nous offre la foi, consiste en cela que nous recevons de Dieu ce qu’il veut nous donner, et non seulement ce que nous lui demandons. Ce qu’il veut nous donner nous le savons. C’est Lui-même. Être sauvé, c’est être en communion avec Dieu. C’est Le recevoir Lui, le seul nécessaire.

Seigneur, augmente ma foi. Purifie-la. Qu’elle m’obtienne non pas tant ce que je veux, mais ce que tu veux !

Père Jacques OLLIER