Béni soit Celui qui vient !

Aujourd’hui, dans l’Évangile, nous entendons la question que Jean-Baptiste, le précurseur, adresse par l’intermédiaire de ses disciples à Jésus : « es tu celui qui vient ? ». Cette appellation « celui qui vient » désigne le Messie. Ce type de locution s’appelle en rhétorique une antonomase. Ce n’est pas une injure du capitaine Haddock, mais une façon de définir par un nom commun un nom propre, comme dans la salutation à la Marie : « Pleine de grâce ». Cette désignation apparaît dans l’Ancien Testament, au livre des Psaumes : « béni soit, au Nom du Seigneur, celui qui vient » Ps 118, 16. Elle signale la venue prochaine du Messie Roi, qui vient pour sauver son peuple, non plus de manière humaine, mais en apportant ce que Dieu a réservé à ceux qu’Il aime : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs et devenue la pierre d’angle, c’est là l’œuvre du Seigneur » Ibidem. Cette confession de foi en Celui qui vient, cette reconnaissance du Messie, du Christ, en Jésus de Nazareth, nous l’avons faite si souvent nôtre, que nous ne nous en apercevons plus. Combien de fois ? Chaque fois que nous participons à l’eucharistie et que nous chantons ou disons le Sanctus, le trisagion : « Saint, Saint, Saint le Seigneur, Dieu de l’Univers. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire, hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient, au Nom du Seigneur… »

Nous sommes donc accoutumés à cette proclamation sans en reconnaître toujours la portée. Que signifie-t-elle ? Isaïe, le prophète rapporte que, dans le Sanctuaire, la sainteté de Dieu s’est révélée à lui. Des séraphins chantent : « Saint, Saint, Saint, est [le Seigneur] Sabaot, sa gloire emplit toute la terre » (Is 6, 3). Les chrétiens reconnaissent que la gloire du Seigneur, manifestée sur la terre, trouve son expression maximale dans la venue du Fils de Dieu, dans la venue du Messie, Fils de l’homme, qui signale sa présence par le fait que les sourds entendent, les lépreux sont guéris, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Chaque fois que ces œuvres se réalisent, le Messie que nous annonçons se fait plus proche. Chaque fois que des sourds entendent la bonté de Dieu, que des aveugles la voient, que des morts spirituellement se relèvent pour vivre dans la fidélité à Dieu, que des pauvres suppliants reçoivent des mains de Dieu le salut offert, le Christ se fait plus proche.

C’est bien ce qu’a entendu Jean Baptiste, qui, dans son questionnement, n’émet pas un doute, mais soulève une difficulté. Car « Dix mille difficultés ne font pas un doute » Newman, Apologia, ch. V. Ce que voulait dire le théologien anglais c’est qu’il y a une différence entre inquiry et investigation. Celui qui enquête (inquiry), n’a pas trouvé. Il doute. Celui qui a trouvé peut encore interroger (investigation). Il cherche. Ce que nous faisons à travers les mille et une activités de nos existences. Nous y cherchons, l’œuvre du Seigneur. En nous-mêmes, en ceux qui nous sont chers, en ceux qui nous sont proches. Et nous participons à cette œuvre en leur montrant le chemin qui y conduit. L’œuvre du Seigneur apparaît dans la communauté des fidèles qui sont guéris par Celui qui vient nous sauver, nous guérir de nos surdités, de nos peurs, de nos défaillances.  L’œuvre du Messie, de Celui qui vient apparaît en toute sa force dans les pauvres réunis à la messe qui chantent sa gloire, pauvres de cœur qui attendent de lui le salut.

P. Jacques OLLIER