Joseph, l’homme aux songes

Avez-vous remarqué le nom du grand-père paternel de Jésus dans la généalogie de saint Matthieu ? Il s’appelle Jacob. La séquence des prénoms, Jacob, Joseph, nous reporte ainsi au texte de la Genèse. Nous y voyons que le fils préféré du patriarche Jacob, s’appelle Joseph. Celui-ci est donc le type, la figure du père putatif de Jésus. On pourrait s’étonner que le seul nom suffise à établir ce rapprochement. Mais il y a davantage.

De Joseph, le Nouveau Testament ne rapporte aucune parole. Mais des songes. Quatre. Dans le premier songe, un ange confirme à Joseph que Marie est enceinte d’un enfant conçu par la puissance créatrice de l’Esprit Saint, et qu’elle mettra au monde un fils nommé Jésus qui sauvera son peuple de ses péchés (Mt 1,20). Dans le deuxième songe, un ange avertit Joseph d’emmener Marie et Jésus en Égypte et d’y demeurer, car Hérode cherche à tuer Jésus (Mt 2,13). Dans le troisième songe, un ange prévient Joseph qu’Hérode est mort (Mt 2,20). Cependant, Joseph apprend que le fils d’Hérode, Archélaüs, règne sur la Judée. Dans le quatrième songe, Dieu Lui-même s’adresse à Joseph : il doit éviter de retourner en Judée. Joseph s’installe alors avec Marie et Jésus à Nazareth dans la province de Galilée.

Ainsi se confirme la parenté de destin entre les deux Joseph.

Cette synkrisis, ce parallélisme entre les personnages, règle historiographique très utilisée dans l’Antiquité, permet d’une part de saisir, comment, Joseph, père de Jésus, a pu entrer dans la nouveauté extraordinaire que constitue dans l’histoire de l’humanité sa mission. Être père, sur la terre, du Fils de Dieu, rien de moins ! On ne réfléchit pas assez à la perplexité que cela a pu occasionner dans l’esprit et le cœur de cet homme. L’iconographie nous le montre souvent d’ailleurs, dans la crèche, en retrait, le menton dans la main, interdit, devant le mystère accompli, dont il est pourtant le principal acteur. Pour qu’il pût entrer dans sa mission, il ne fallait pas moins que de puissants songes, l’intervention directe de Dieu, la manifestation de Dieu à son esprit.

Le parallélisme nous permet, à nous lecteur, d’établir un pont, non pas seulement entre les deux Joseph, mais entre Joseph et nous. Comment ?

Eh bien, dans la mesure où nous concevons, nous aussi, le Fils de Dieu. Nous participons à sa « création » en nous. Comme la Vierge Marie, nous le concevons dans la foi. Comme Joseph, nous le faisons grandir en écoutant et en obéissant à sa Parole.

Qu’il soit fait en moi selon sa Parole !

P. Ollier