Baptême et colère

Avez-vous déjà été amers parce que celui qui vous avait offensé n’a jamais demandé pardon ou n’a jamais reconnu qu’il avait commis une injustice envers vous ? Dans ce cas, cet épisode du baptême de Jésus vous intéresse particulièrement.
Le Christ fait dans les eaux du Jourdain une démarche qui effare Jean le Baptiste. Il vient dans la foule et demande à être baptisé par lui. Il vient au milieu de ceux qui confessent leurs péchés personnels lui qui, pourtant, est sans péché, au point que Jean essaie un bon moment de l’en dissuader : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! »

Pourquoi paraître ce qu’il n’est pas ? Pourquoi paraître pécheur au milieu des pécheurs ? En accomplissant ce signe, Jésus évoque sa mission de salut pour laquelle il va porter et enlever le péché du monde. On a l’habitude de souligner ce qu’il réalise au profit des pécheurs, je voudrais mettre l’accent aujourd’hui sur ce qu’il réalise au profit des offensés.
Nous portons parfois des colères tenaces, quoique sourdes, qui rongent la paix de nos coeurs parce que le processus du pardon semble bloqué. Nous serions prêts à accorder notre pardon, malheureusement personne ne le sollicite. Un inachèvement douloureux se fait sentir.

En assumant de prendre place au milieu des pécheurs, le Christ devient celui qui reconnaît la réalité de l’offense commise : elle n’est plus niée ou ignorée. Plus encore, en se laissant plonger dans les eaux comme un pécheur, il assume de porter le péché et devient ainsi celui qui demande pardon au nom de ceux qui ne le font pas (ou pas encore).
Jésus ouvre ainsi une voie au pardon pour l’offensé : dans le Christ, il a quelqu’un à qui l’accorder. Le processus du pardon trouve un achèvement face à Jésus. L’offenseur initial est toujours appelé à la conversion, assurément ; mais l’offensé devant le Christ qui porte le péché du monde trouve quelqu’un à qui dire en vérité « Je te pardonne » pour sortir de la colère due à l’offense niée.

Père Gabriel WÜRZ +