Capharnaüm

Après l’arrestation de Jean le Baptiste, Jésus quitte la région de Judée, où il exerçait son premier ministère, pour se retirer (ἀνεχώρησεν) en Galilée, plus exactement à Capharnaüm. Ce village nous est bien connu. L’Évangile nous rapporte de nombreux faits et gestes de Notre Seigneur dans ce village. Qu’il suffise de rappeler les épisodes de la guérison des malades que l’on portait jusqu’à Jésus, parfois même en les plaçant sur des civières et en les faisant passer par le toit ! L’appel des premiers disciples, comme nous le voyons dans l’Évangile de ce jour, la vocation de l’apôtre Matthieu, un publicain, la prédication de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm… Disons simplement qu’une grande partie du ministère public de Jésus se situe dans ce village.

Ce constat nous conduit naturellement à nous demander pourquoi il a fait choix de ce lieu. Sans doute n’est-ce pas dû au hasard. De tous les villages de Galilée, il a choisi celui qui est à la fois situé sur la Via Maris et sur la frontière entre le territoire juif et le territoire païen. La Via Maris cette autoroute commerciale, venait de l’Égypte, longeait la méditerranée, et conduisait marchands et convois militaires vers Damas. D’où la présence d’une garnison romaine commandée par un centurion qui est mis en scène dans l’Évangile. D’où aussi la présence d’une douane. On a retrouvé à cet endroit une borne milliaire, attestant le poste frontière et la douane.

Quoi qu’il en soit, nous le voyons, Jésus choisit délibérément un lieu passager, carrefour de peuples, d’influences, de cultures, aux confins du monde juif et païen pour annoncer que Dieu s’est approché des hommes en sa personne. Il montre par là sa volonté de vivre au contact du plus grand nombre, de prier pour eux et de leur annoncer son évangile. L’Église, tout au long de l’histoire, à la suite du Seigneur, a choisi également d’être présente dans tous les centres actifs de la société. Elle a investi le champ du savoir, de l’art, des media, journaux, radio, télévision, internet. Dernièrement, le Pape François, a invité les prêtres de son diocèse lors de la messe chrismale, à rejoindre à nouveau les périphéries « où le peuple fidèle est exposé à l’invasion de ceux qui veulent saccager sa foi.» Notre pape presse ainsi les prêtres de porter la souffrance des fidèles, leurs problèmes et leurs peines. Assurément, ce souci nous occupe et nous retient, dans le secret du « cor ad cor loquitur » que nous entretenons avec le Seigneur.

Osons un pas supplémentaire. Cette invitation faite aux prêtres, ne peut-elle être étendue à tous les fidèles ? Que notre prière soit transformée par le souci que nous avons de porter ceux et celles que nous fréquentons habituellement, croyants, sympathisants, non croyants, et même opposants, jusqu’au trône de Dieu. Pour les lui présenter. Pour qu’ils soient mis en sa présence douce et apaisante. « Portons les fardeaux les uns des autres » par la prière. Rejoignons les frontières où se tiennent tant de nos contemporains. Nous imiterons ainsi la façon de Notre Seigneur à Capharnaüm.

Père Jacques OLLIER