Éditorial où l’on parle de l’infaillibilité…

Dès que l’on prononce ce mot, les sourcils froncent. Par tension excessive, qu’elle soit défensive ou offensive. Et l’on songe immédiatement à l’infaillibilité pontificale. C’est oublier qu’avant tout, cette qualité revient à l’Église. C’est elle, en effet qui, en la totalité de ses membres, est reconnue avant tout infaillible.

Elle l’est, non pas en vertu d’une exception dans l’ordre de la connaissance, mais en raison de ce que nous dit le Christ dans l’Évangile de ce jour. Les membres de l’Église sont, tous ensemble, infaillibles, parce qu’ils aiment et connaissent le Pasteur qui les conduit et parce que, connaissant sa voix, ils savent ce qui est de lui et ce qui ne l’est pas.
Il n’est que sur ces matières que porte l’infaillibilité. Qu’elle soit celle de l’Église tout entière ou du Pape, l’infaillibilité ne concerne que le donné révélé par Dieu. Ce qui vient de Lui et nous est donné par Lui. L’Église se prononce de manière infaillible sur ce que Dieu nous communique de Lui, dans sa Parole, son Verbe fait chair. Elle ne se prononce pas sur autre chose que cela : ce que le Verbe nous communique et communique à Ceux à qui il se donne, aux fidèles qui écoutent sa voix et qui le suivent.

L’histoire de l’antiquité chrétienne montre d’ailleurs qu’en période de trouble, l’orthodoxie de la foi a été conservée par les fidèles. Au quatrième siècle où l’on débattait de la nature divine du Christ, ce consensum fidelium (le sens de la foi), a davantage inspiré les fidèles, que de nombreux évêques, ou théologiens. De sorte qu’on peut affirmer que « pendant cette époque d’intense confusion, le dogme de la divinité de Notre Seigneur était proclamé, respecté, maintenu et (humainement parlant) davantage préservé par l’Ecclesia docta (l’Église enseignée i.e. les fidèles) que par l’Ecclesia docens. (L’Église qui enseigne i.e. les pasteurs) » (John Henry Newman, On Consulting the Faithful in Matters of Doctrine, London, Collins Publications, 1986, p. 115)

1500 ans plus tard, cette infaillibilité de l’Église est reconnue à l’occasion de la préparation du dogme de l’Assomption de la Vierge. Les fidèles sont largement consultés : De 1854 à 1945, huit millions de fidèles ont écrit à Rome leur accord avec cette doctrine.
L’Église infaillible : c’est ainsi que le concile Vatican II, sans mettre en cause la constitution Pastor aetermus (qui définit l’infaillibilité pontificale) envisage prima facie l’infaillibilité. « Le peuple saint de Dieu participe de la fonction prophétique du Christ …. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (1 Jn 2, 20 et 27) ne peut se tromper dans la foi. Ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier » Lumen Gentium 12

Ce don, l’Église le tient de Dieu. Il est l’amour de Dieu pour nous qui reflue vers Lui en torrent d’amour pour Lui. Et c’est ce lien d’amour qui justifie, bien plus que tous les miracles, l’infaillibilité en matière de foi de l’Église. Comme une mère ne se trompe pas lorsqu’elle reconnaît la voix de son enfant, comme l’ami ne peut se tromper lorsqu’il reconnaît les inflexions de voix de l’ami, ainsi l’Église ne peut se tromper lorsqu’elle entend la voix de son Époux. « Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent. »

Père Jacques OLLIER