« Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. »

Cette condamnation est à nos yeux intolérable. Qu’a-t-il fait de si contestable cet homme pour mériter une telle sentence ?

Dieu serait-il versatile, dur, méchant et injuste ?

Il est évident que non ; nous ne croyons pas qu’il moissonne où il n’a pas semé. Nous nous portons en faux contre l’idée en laquelle croyait cet homme. Car il s’agit de talents, donc de dons de Dieu, et nous sommes dans le cadre d’une parabole qui nous parle du royaume.

Une fois le cadre mis en place de quoi s’agit-il ? Jésus nous parle de la responsabilité que nous avons vis-à-vis des dons qu’il nous a faits et de l’utilisation de ces derniers.

Dieu donne mais il donne à chacun selon ce qu’il est capable de recevoir : un peu, beaucoup ou plus encore. Ne croyons pas que Dieu est injuste dans sa prodigalité, bien au contraire il ne veut pas nous accabler.

Quand nous prenons conscience de ce don, nous prenons aussitôt conscience qu’il exige un service. Don et service vont de pair. Il n’y a pas de don de Dieu pour un usage privatif et exclusif. Le don n’est jamais en exclusivité pour celui qui le reçoit mais pour être mis à disposition des autres. Le don que nous recevons en tant que fils ou fille de Dieu, baptisé, confirmé, marié, ordonné… est toujours pour le service et non pour un usage égoïste.

Nous comprenons maintenant la sentence et l’exigence qui l’accompagne.

Celui qui a privatisé le don de Dieu, qui l’a enfoui, caché, qui ne l’a pas fait fructifier, s’est comporté comme un voleur. Il a privé le peuple de Dieu des grâces qui lui était promises et il reste dans son propre enfermement. Cette personne aurait dû prendre un risque, peut-être minimal, mais aurait dû risquer de vivre de ce don et d’en faire profiter ceux qui l’entourent.

Nous voilà avec cet Évangile en présence des textes sur les fins dernières et de notre responsabilité individuelle face aux dons que Dieu nous fait pour le service de tous. Il est sans doute utile en ces derniers jours de l’année liturgique de nous situer de nouveau honnêtement devant Dieu pour les dons que nous avons reçus et de l’usage que nous en faisons. Quelle en est la finalité ? Pour qui et pourquoi les avons-nous reçus ? Notre action est-elle désintéressée? Est-elle pour la plus grande gloire et de Dieu et le service de son peuple ou non ?

Quand arrivera le moment de paraître devant notre Dieu, qu’aurons-nous dans la main à lui présenter ?

Père Anatole Dédégbé