La charité parfaite

« la charité parfaite, celui qui est né de Dieu, la possède. Comprenez bien ce que je dis. L’homme baptisé a reçu le sacrement qui l’a fait naître : il possède ce sacrement ; sacrement grand, divin, saint, ineffable. Remarque-le : il est si grand qu’il crée un homme nouveau en lui remettant tous ses péchés. Toutefois, examinons attentivement notre cœur ; voyons si ce qui s’est fait sur notre corps s’est fait parfaitement dans notre âme.
La charité y existe-t-elle ? Alors, disons : Je suis né de Dieu ; si, au con-traire, elle n’y existe pas, nous en portons la marque imprimée sur nous, c’est vrai ; mais nous avons quitté le bon chemin, nous errons loin de lui. Ayons la charité : autrement, ne nous disons pas enfants de Dieu. Mais, dira-t-on, j’ai reçu le sacrement. Écoute l’Apôtre : « Quand je pénétrerais tous les mystères, et que j’aurais toute la foi possible, jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien».

« La charité est donc la seule marque distinctive entre les enfants de Dieu et ceux du diable. Que tous fassent sur eux le signe de la croix; que tous répondent : amen ; que tous chantent : Alléluia ; que tous reçoivent le baptême, qu’ils entrent dans les églises, qu’ils bâtissent des basiliques. Rien, si ce n’est la charité, ne distingue les fils de Dieu des fils du diable. Ceux qui ont la charité, sont nés de Dieu; ceux qui ne l’ont pas, ne sont pas ses enfants. Précieuse marque, distinction inestimable. Possède ce que tu voudras, si tu n’as pas la charité, le reste ne te sert de rien.

Que le reste te fasse défaut, mais que, du moins, tu aies la charité, et tu auras accompli la loi. « Car celui qui aime son prochain, accomplit la loi », dit l’Apôtre, « et l’amour est la plénitude de la loi». Je considère la charité comme étant cette perle précieuse que l’Écriture nous montre recherchée par un marchand : « Cet homme, ayant trouvé une perle d’un grand prix, vend tout ce qu’il possède et l’achète». Cette perle d’un grand prix, c’est bien la charité, sans laquelle rien de ce que tu possèdes ne peut t’être de quelque utilité, et qui te suffirait à elle seule, lors même que tu ne posséderais rien autre chose. Aujourd’hui, tu ne vois Dieu que par la foi ; plus tard, tu le verras réellement. Si nous l’aimons, lors même que nous ne pouvons encore le contempler, que sera-ce lorsque nous le verrons de nos yeux ? Mais à quoi devons-nous consacrer tous nos soins ? A aimer nos frères. Tu peux me dire : Je n’ai pas vu Dieu ; peux-tu me dire : Je ne vois pas l’homme ? Aime ton prochain; car si tu aimes le prochain que tu aperçois, tu verras aussi Dieu, parce que tu verras la charité même; et que Dieu habite en ton cœur.

Saint Augustin, Commentaire de la Première Épître de saint Jean, 5, 5-7