Une espérance désirée

Lorsque saint Paul écrit que « toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement » (Rm 8, 22), il nous permet de comprendre le temps de notre existence terrestre comme la gestation de notre vie éternelle. Notre vie sur terre est l’équivalent pour le Royaume des neuf mois d’attente pour venir au monde.

La conséquence en est une joyeuse espérance. La vie dans le Paradis, bien loin d’être le lieu où il ne se passerait plus rien, où il n’y aurait plus de surprise, où tout serait figé et, en quelque sorte, ennuyeux, sera le lieu du plein épanouissement de la liberté de l’homme. C’est une fois né que le petit enfant déploie et affine ce qui a été préparé petit à petit dans le monde confiné du sein de sa mère. Pareillement, c’est une fois né dans le Royaume que l’homme expérimentera la plénitude de son être et la liberté d’en vivre. C’est là que la vie sera la plus intense.

Enfin délivrés de tout mal, libres de ne plus pécher et affermis dans l’unité de notre être – âme et corps ressuscité –, nous exercerons joyeusement notre créativité. Inspirés par la contemplation jamais achevée de Dieu, nous découvrirons les délices d’exprimer une louange sans cesse renouvelée dans la communion des bienheureux. Il faut se représenter la joie du compositeur d’opéra dont l’imagination rebondit en découvrant un nouvel instrument ou en rencontrant l’interprète qui peut donner corps à ce qu’il avait écrit. Il faut imaginer sa joie en discutant avec le metteur en scène qui compose les décors et les costumes qui rehausseront le spectacle visuellement là où lui ne savait travailler que la musique. Il faut imaginer cette combinaison de talents pour commencer d’apercevoir la joie du Ciel.

Fortifiés par cette solennité de la Toussaint, prenons soin sur cette terre de nous laisser former dans le sein de notre mère, l’Église, pour naître selon le grand désir de Dieu à la plénitude de la vie bienheureuse.

Père Gabriel Würz