« QUE CHERCHEZ-VOUS ? »

Cette question de Jésus, pour le moins abrupte, a pu déconcerter les disciples de Jean Baptiste qui, à la suite de son témoignage sur Jésus comme « agneau de Dieu », se lancent avec enthousiasme à la suite de Jésus. Elle aurait pu freiner leur élan ou, au contraire, raviver leur projet. Et si nous considérions cette interrogation comme nous étant adressée, dans les multiples quêtes qui remplissent notre existence, qu’il s’agisse de celles liées au processus de notre croissance biologique (grandir, se porter bien, manger, boire) ou des autres conjointes à notre devenir humain personnel et social (liberté, croyance, amour) ! Nous pouvons nous sentir désarmés dans le dédale de toutes nos aspirations, de tous nos désirs et de tous nos projets qui étoffent et parfois étouffent nos vies. C’est alors que cette question de Jésus, « Que cherchez-vous ? », peut être entendue comme une judicieuse invitation à repenser notre existence en perpétuel projet afin de recentrer et unifier nos diverses quêtes sur un devenir humain fondé sur le Christ.

L’évangile de ce dimanche me semble contenir quelques suggestions pouvant inspirer chrétiennement notre devenir humain, à travers la démarche de ces deux disciples, « suiveurs du Christ ». Il convient de relever qu’au départ de leur aventure, il n’y a point une idée qui leur tombe du ciel ou un de leurs beaux rêves à réaliser. Il n’y a point ni invention ou création qui leur soient propres, mais un témoignage reçu, une tradition acceptée, une éducation accueillie de la part du Baptiste. Il en est ainsi de notre être-au-monde que personne ne se donne à lui-même, mais que nous recevons et essayons de conformer, selon nos ressources personnelles qui ne sont pas toujours celles des autres. Le devenir humain chrétien n’est point œuvre solitaire et ne peut relever de la génération spontanée.

Mais remarquons que si les disciples de Jean n’acceptent pas, comme telle, la leçon du maître, ils n’ y restent cependant pas indifférents. Ils désirent savoir et vivre par eux-mêmes quelque chose du témoignage entendu. Car tout témoignage, quel qu’il soit, n’est pas destiné à forcer une adhésion ou à conditionner une quête dans un seul sens, au risque de se transformer en propagande fanatique et radicaliste. Le témoignage vise à inviter à se mettre en mouvement, à rentrer dans ce « venez et voyez » que lance Jésus à tous ceux qui le suivent, pour passer au crible de l’expérience par soi et pour soi ce que l’on reçoit de Lui en vue de se l’approprier. Le de-venir humain chrétien passe par ce creuset de l’expérimentation et de la vérification personnelle du témoignage croyant à laquelle il conviendrait mieux de concéder que de s’y refuser par préjugé.

En demeurant ainsi auprès de Jésus pour vérifier le témoignage de leur maîtres, les disciples de Jean effectuent une réappropriation du témoignage, qui est d’une certaine nouveauté, puisque dans ce Jésus « agneau de Dieu », ils viennent à découvrir le Messie. Cette découverte nouvelle de l’identité de Jésus comme le CHRIST, parce qu’elle est profonde et vraie dans ces chercheurs de Jésus, les transforme à leur tour en des témoins et missionnaires qui peuvent proclamer avec empressement le fruit de leur « trouvaille » : « Nous avons trouvé le messie ». Un devenir humain chrétien culmine donc dans cette découverte du Messie Jésus non point comme le terme de nos quêtes, mais plutôt comme celui qui veut donner du sens à toutes les quêtes de notre existence, à toute la pastorale ecclésiale, à l’expérience catholique d’éducation scoute. Sur le long chemin de notre perpétuel devenir humain, nous sommes invités à découvrir en Jésus la vérité et le chemin pour une vie reçue de Lui et que nous pouvons vivre, comme, lui pour les autres.

Père Justin Zitisa