Destins imbriqués

Vous êtes-vous déjà interrogés sur les sentiments de Jaïre lorsque Jésus s’arrêta pour demander : « Qui m’a touché ? » Sa fille est à la dernière extrémité. Et voilà que Jésus stoppe sa marche, interroge la foule, débat avec les disciples qui ne comprennent pas. Enfin la femme s’approche et raconte toute son histoire. Cela a dû être insupportable. Et le coup de poignard pour son cœur de père ne tarde pas : à peine Jésus a-t-il dit « va en paix et sois guérie de ton mal » qu’on lui annonce : « Ta fille est morte ».

L’imbrication de l’histoire de cette femme hémorroïsse et de la jeune fille semble à ce moment porter un sens terrible : il n’y a pas de place pour la vie des deux. La petite a douze ans ; sa naissance coïncida avec l’apparition des pertes de sang de la femme. La femme est guérie et le temps qui a été pris pour elle fut fatal à la petite fille.

Pourtant l’action de Jésus met à mal cette logique et invite à une autre lecture, non plus guidée par la rapidité des soins mais par la foi nécessaire au salut. Lorsque Jésus ira à Nazareth, on nous précisera qu’il ne pouvait faire aucun miracle à cause de leur manque de foi. Quelle était la foi de Jaïre quand il s’est adressé à Jésus la première fois ?

L’épisode de la femme hémorroïsse se conclut par ces mots « Ta foi t’a sauvée ». Il est donc un exemple qui aidera Jaïre à recevoir l’exhortation de Jésus : « Ne crains pas, crois seulement ». Dans cette perspective, l’imbrication de ces deux histoires n’est plus une malédiction, mais une bénédiction : le salut de l’une devient une disposition au salut pour l’autre.

Puissions-nous, en suivant le Christ, apprendre à découvrir la vie de nos frères en humanité – parfois si dérangeante – comme une occasion de salut.

Père Gabriel Würz