Un temps de repos

Si pour le citoyen grec de l’Antiquité le travail était le propre de l’esclave, la tradition biblique lui a rendu sa noblesse en affirmant qu’il appartenait à la condition originelle de l’homme avant la chute. Jésus, lui-même, dans les trente ans de sa vie cachée fut connu comme le charpentier de Nazareth. Cependant, « le sommet de l’enseignement biblique sur le travail est le commandement du repos sabbatique ». A l’heure où bon nombre d’entre nous s’apprêtent à partir en vacances, il est sage de se pencher sur le sens de ce repos.

« Le repos ouvre à l’homme, lié à la nécessité du travail, la perspective d’une liberté plus pleine, celle du Sabbat éternel (cf. He 4, 9-10). Le repos permet aux hommes d’évoquer et de revivre les œuvres de Dieu, de la Création à la Rédemption, de se reconnaître eux-mêmes comme son œuvre (cf. Eph 2, 10) et de rendre grâce pour leur vie et leur subsistance, à lui qui en est l’Auteur.

La mémoire et l’expérience du sabbat constituent un rempart contre l’asservissement au travail, volontaire ou imposé, et contre toute forme d’exploitation, larvée ou évidente. De fait, le repos sabbatique a été institué non seulement pour permettre la participation au culte de Dieu mais aussi pour défendre le pauvre, il aussi une fonction libératrice des dégénérescences anti-sociales du travail humain.

Ce repos, qui peut aussi durer un an, comporte en effet une expropriation des fruits de la terre en faveur des pauvres et, pour les possesseurs de la terre, la suspension des droits de propriété : « Pendant six ans tu ensemenceras la terre et tu engrangeras le produit. Mais la septième année, tu la laisseras en jachère et tu en abandonneras le produit ; les pauvres de ton peuple mangeront ce qu’ils auront laissé. Tu feras de même pour ta vigne et pour ton olivier Ex 23, 10-11. Cette coutume répond à une intuition profonde : l’accumulation des biens par certains peut conduire à une soustraction des biens d’autrui ». (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église n° 258)

Puissions-nous vivre nos vacances à la hauteur du repos de Dieu afin que nos existences déploient toute leur fécondité !

P Gabriel Würz