Es-tu roi ?

Telle est la question posée à Jésus par Pilate. La question, à vrai dire, cherche davantage à tirer Jésus d’affaire qu’à l’accabler. La question vient aussi pour tirer Pilate d’embarras. Jésus, répondant par la négative : « je ne suis pas roi », le non-lieu était prononcé. Mais Jésus ne dénie pas ce titre : « Je suis roi, déclare-t-il ». Cette affirmation du Christ en sa passion mérite qu’on l’interroge.

Quelle est, en effet, la royauté revendiquée par Jésus ? Est-elle d’ordre politique, spirituelle ? Cette royauté affecte-t-elle le monde, la cité, et dans ce cas la revendication de Jésus aurait un impact sur le gouverne-ment du monde. Ou bien n’est-ce qu’une posture spirituelle qui n’a de conséquence que personnelle, familiale, du moins privée ? Pour le dire plus simplement, de qui est-il le roi ?

Eh bien je pense que sa royauté, si nous écoutons l’évangile de ce jour, Jésus l’exerce d’abord sur lui-même. Il est roi de sa propre vie qu’il offre pour qu’un chemin s’ouvre en notre humanité vers les cieux. Il donne son existence pour qu’en sa personne s’inaugure un passage de l’homme vers Dieu. Jésus est roi, parce qu’il domine vraiment. Il domine vraiment parce qu’il peut se donner lui-même. Il règne, parce que le don de sa vie engendre la vie. C’est pourquoi saint Jean voit dans le chemin de la passion du Christ une exaltation. Le trône de la royauté du Christ, c’est la croix. Dans la dérision de cet homme, perdu dans la multitude innombrable des hommes et des femmes de tous les temps, des hommes et des femmes qui de génération en génération se succèdent, naissent, vivent et meurent, dans la dérision de son supplice, il s’offre dans la sainteté et la pureté de son être devant Dieu. Ce qu’il appelle dans l’évangile : la vérité. Il se livre à nous, pour être à nous, dans la vérité de son humanité et de la nôtre, dans la vérité de notre humanité tournée vers Dieu, offert aux hommes.

La personne humaine ne se réalise que dans le don de soi. Le don à Dieu, le don aux autres. La personne humaine porte en elle sa propre réalisation quand, au lieu de se garder, elle se communique. Elle trouve sa plénitude dans le don de soi qui donne vie. Ainsi des parents qui donnent naissance. Des prêtres qui baptisent, pardonnent, nourrissent. Ainsi des religieux et religieuses qui bénissent et louent Dieu, intercèdent jour et nuit, formant un cierge brûlant toujours allumé devant Dieu.

Qui règne vraiment, sinon celui qui donne vie ?

O, Christ, règne donc en moi. Et la vie jaillira de mes blessures d’homme. Celles qui naissent du don de soi.

P. Jacques Ollier