Méfiez-vous des scribes

Le caractère archi polémique du passage de l’évangile relatif aux scribes pourrait étonner, voire scandaliser. La mise en garde intervient à la suite de stratagèmes de prise au piège de Jésus par des groupes à la fois religieux (Pharisiens, Sadducéens, Grands-Prêtres), politiques (chefs du peuple) ou par des érudits. C’est sous cette dernière catégorie que l’on doit placer les scribes dont Jésus nous dit de « nous méfier ».

On cherche à arrêter Jésus, mais les chefs du peuple ont peur de la foule qui va à sa suite et l’écoute avec plaisir. Alors on lui tend des pièges par la parole (« αὐτὸν ἀγρεύσωσιν λόγῳ », (Mc 12, 13). Les scribes font partie de ceux qui interrogent Jésus et cherchent à le perdre par la parole. Le Christ leur répond et se défend pied à pied par la parole. C’est tout le début du chapitre 12 dont nous entendons aujourd’hui la fin. Mais la parole seule ne suffit pas. Et Jésus propose une manière, complète en elle-même et complémentaire de la parole : par la vie et par l’exemple.

Une pauvre veuve vient placer son offrande dans le tronc du temple. Elle y met tout ce qu’elle a, tout ce qui lui permettrait de survivre. Elle donne sa substance même, dit le texte (« ὁ βίος »). Jésus la remarque et la donne en exemple. Car il sait que rien ne sera plus convaincant pour l’âme raisonnable qu’un signe qui dépasse son entendement. Une géné-rosité qui ne se regarde pas en miroir, comme le fait l’intelligence. Un amour sans retour vers soi. Le signe du Christ sur la croix.

Combien aujourd’hui, dans les media, les conversations, les écoles, les facs, tentent de déstabiliser les chrétiens par le discours. Il faut leur répondre, certes, et sans attendre. Par des mots, des courriers, des tweet, des paroles qui rétablissent la vérité ou dénoncent le mensonge ou l’absurde.

Mais nous savons qu’à la fin, il nous sera demandé, pour être véritables, une autre sorte de parole. C’est en nous engageant pratiquement dans des actions concrètes que nous serons audibles, crédibles. Dans l’éducation des chrétiens, enfants et adolescents, le service des pauvres, l’accueil des visiteurs qui fréquentent notre église et nous interrogent au passage sur notre foi, la visite aux personnes âgées, isolées, c’est par l’engagement d’un cœur pur dans des actions de proximité et de foi que nous pourrons dire une parole constructive et crédible à ceux qui ne croient plus, à ceux qui ne croient pas.

Il ne suffit plus de parler. Il faut agir. Non pas seulement agir, mais se donner !

Père Jacques Ollier