« Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui »

Le récit des noces de Cana s’achève cette phrase que je commente ici : « Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ». Cette finale nous suggère l’interprétation que l’évangéliste a pu vouloir donner à l’événement de Cana. Ce qui est au cœur de ce dernier se réduit à peu de choses : le changement de l’eau des ablutions juives en un vin délicieux et copieux à l’occasion de cette noce où il y eut carence de vin. La signification éminemment symbolique de ce récit comme noce de Dieu avec l’humanité dans une alliance nouvelle et éternelle en Jésus Christ nous est si bien connue qu’il n’est pas nécessaire d’y revenir.

Nous avons trop souvent, il me semble, focalisé notre regard sur Jésus seul dans la réalisation du signe de Cana, alors même que l’évangéliste nous la présente comme le fait d’une interaction très complexe où plusieurs acteurs se bousculent. Ainsi, de Marie mère de Jésus, attentive et prévenante face au drame du manque de vin, Jean nous conduit à Jésus. Non seulement Jésus accuse une maîtrise absolue, frôlant l’insouciance et la banalisation du souci de sa mère, mais aussi il profère une parole d’autorité aux serviteurs. Puis, Jean se plaît à nous montrer des serviteurs, fidèles à la parole de Marie et dociles à l’injonction de Jésus. Face à eux, l’évangéliste nous dépeint un maître des noces dépassé par l’événement, ignorant ce qui s’est produit et se contentant de prévenir « le marié ». Ce dernier est à peine mentionné, alors qu’aucune allusion n’est faite de la mariée, l’oubliée du récit. Enfin, les disciples de Jésus restent à l’ombre de tout ce tableau.

De toutes ces figures, dont notre sensibilité religieuse nous pousserait à plaindre certaines et à admirer d’autres dans les rôles qui leur sont assignés, l’évangéliste ne retient dans la finale de son récit que Jésus et ses disciples. Saint Jean nous dit en substance que les noces de Cana sont véritablement « épiphanie » de Jésus, manifestation de sa gloire, celle de Dieu qui épouse l’humanité en lui faisant don à profusion d’une joie infinie. Cette manifestation est donnée comme humble signe qui ne se laisse déchiffrer qu’en acceptant d’entrer à l’école de Jésus, en devenant son disciple pour accéder à la foi en lui. À l’instar de l’épiphanie de Cana, Jésus nous donne encore aujourd’hui d’humbles signes de sa gloire qui nous invitent à entrer dans l’alliance avec Dieu. Le vin de Cana est inépuisable : il continue à nous être donné dans le vin de la sainte Eucharistie.

Père Justin Zitisa