La critique de Jésus

Les gens de Nazareth prompts à réduire Jésus à l’image qu’ils avaient de lui – « le fils de Joseph » – se refusent à accueillir pleinement l’identité qu’il leur dévoile. Le Christ les renvoie alors à l’épisode d’Élie qui avait dû fuir à Sarepta car le roi et sa femme Jézabel ne voulaient pas des prophètes du Seigneur. Il leur évoque aussi l’épisode d’Élisée guérissant le Syrien Naaman alors que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements ne croyant pas qu’il y eût un vrai prophète du Seigneur dans le pays. Parce qu’ils rejettent l’idée que le Seigneur vient les visiter, c’est ailleurs que la grâce de Dieu va se déployer.

Si la critique de Jésus à l’égard des habitants de Nazareth est justifiée, la manière de l’adresser mérite cependant d’être commentée.

En effet, lorsqu’au terme du récit Jésus leur échappe on risque de se méprendre sur le fait qu’il va son chemin. On peut s’en aller parce qu’on craint pour sa vie : on se met à l’abri. On peut s’en aller pour manifester son désaccord et signifier qu’on n’a plus rien de commun avec l’autre. Mais tel n’est pas le sens de son départ. Deux détails évoquent la Passion (il est emmené hors de la ville et le soigne-toi toi-même fait écho au sauve-toi toi-même de Lc 23, 39) et nous rappellent que Jésus avance vers sa mort et sa résurrection. S’il part, ce n’est pas pour se préserver mais pour prendre le chemin où il livrera sa vie pour le salut des hommes.

N’avons-nous pas là l’occasion de réexaminer notre pratique de la critique ? Critiquer non pas pour nous justifier, critiquer non pas pour nous démarquer et couper tout lien, mais critiquer les comportements parce que nous demeurons solidaires des personnes que nous visons jusqu’à donner de notre vie.

Père Gabriel Würz