« Des vivants tu prendras ! »

Nous avons laissé Jésus dimanche dernier au bord du précipice où l’ont en-traîné ses familiers, furieux qu’il leur refuse les premières places. Ils n’ont rien compris. Jésus, comme le dit saint Luc, n’est pas recevable dans sa patrie, ce qui doit consoler les personnes dont l’entourage n’accepte pas qu’ils professent Un Seul Dieu Père de tous. Jésus passe au milieu d’eux sans être retenu par la folie des hommes.

Nous le voyons aujourd’hui à Capharnaüm, au bord du lac de Génésareth, c’est-à-dire le lac de Galilée. Là, il est reçu. Dans la synagogue il guérit des malades et des possédés et parle avec autorité. Il se fait ainsi reconnaître comme agissant et parlant avec puissance, c’est-à-dire comme l’envoyé de Dieu. Il guérit encore la belle-mère de Simon et de nombreux infirmes.

Puis vient le moment de l’appel. La vocation des quatre premiers disciples : Simon, André (qui n’est pas nommé), Jacques et Jean. Notez que le Seigneur, en gage de crédibilité, les fait réussir dans leur tâche ordinaire. Il leur enjoint de s’éloigner et de jeter le filet. Ce qu’ils font. Et eux de relever les filets pleins à craquer.

N’en va-t-il pas de même pour nous. ? Dieu ne nous donne t-il pas des signes de sa présence et de sa volonté à travers des réussites humaines. Le tout est…

– D’abord de reconnaître et de voir ces réussites qui nous viennent de Dieu sollicitant notre courage, notre intelligence, notre audace, notre opiniâtreté. Et parfois nous tenons Dieu si loin de nous que nous lui interdisons toute intimité avec ce qui fait l’ordinaire de notre existence. Un peu comme si Pierre avait dit à Jésus : « tu as bien d’autres choses à faire. Guéris les malades, parle à la synagogue. Et puis, qu’y connais-tu ? Tu n’es pas pécheur autant que je sache ! ».

– Le tout est aussi de reconnaître de quoi ces réussites sont le signe. Ici le signifiant, c’est la pèche abondante, inespérée (« nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre »). Le signifié, c’est bien évidemment l’abondance de vie que Pierre et les Apôtres seront appelés à retirer de leur apostolat. Ce que Dieu nous donne de réussir est le signe d’une réussite plus grande, que seul, Dieu avec nous peut atteindre.

Ainsi, combien de chrétiens ont aimé cette terre et l’ont baignée de leurs larmes, de leur sueur, de leur sang, la rendant apte à porter semence ? Combien d’heures passées à prier, de visites aux malades, aux prisonniers, combien de témoignages d’amour et de vie ont fécondé cette terre et lui ont fait porter du fruit ? Combien, aujourd’hui, par leur prière, leur offrande silencieuse, leur parole courageuse conservent à notre terre d’être encore estimée, d’être encore goûtée, d’être encore savourée ?

Sachons accueillir avec humilité les initiatives de Dieu dans nos vies. Sachons les interpréter. Qu’elles nous conduisent à reconnaître combien nous pouvons, avec Dieu, transfigurer ce monde et y faire se lever « des vivants ».

Père Jacques Ollier