« Histoire et dogme »

Ce titre a été donné à un ouvrage par Maurice Blondel, philosophe du début du siècle dernier. Le penseur se situe dans la mouvance d’une reconnaissance par les scientifiques chrétiens, de l’histoire comme lieu de la Révélation. Ce n’était pas nouveau. Les premiers intellectuels chrétiens en était pénétrés. Toute la Bible n’est qu’histoire. L’Évangile aussi. Qu’il suffise de rappeler que Dieu a mis du temps pour se manifester dans la plénitude de son Verbe. Il ne l’a pas fait d’un seul coup. Notre religion, notre foi est historique, de l’histoire, dans l’histoire.

Jésus, nait, grandit dans une famille, apprend, travaille, prie… et se lance dans la vie publique, pendant trois ans. Trente ans de vie cachée, trois ans de vie publique, trois heures de crucifixion, trois jours et il ressuscite.

L’histoire est à coup sûr un lieu où Dieu se manifeste. Et c’est heureux pour nous qui sommes dans l’histoire, une histoire. Cela signifie que demain peut devenir un autre jour qu’hier, que l’histoire n’est pas écrite, close. Qu’il y a du nouveau qui peut surgir. Car Dieu est le maître de l’histoire, de nos histoires. Il y vient comme chez lui, quoi que discrètement. Il nous entraîne si nous voulons traverser avec lui. Laissons-nous conduire par sa douce main : « lead me kindly light », guide moi, douce lumière… Nous ne croyons pas à un cycle de l’histoire. Pour nous il y a un commencement, des étapes, un terme. L’histoire est ouverte et sera fermée. Par qui, sinon par ceux qui sont les acteurs de cette histoire. Par Dieu, avec Dieu, en Dieu, nous ferons tourner une page de l’histoire. En voyant plus loin que le bout de notre nez.

Aujourd’hui, c’est la tâche la plus urgente des catholiques et des chrétiens réunis. Trouver de nouvelles voies comme ils l’ont fait tout au long des siècles. À chaque époque, en effet, les chrétiens ont fait preuve d’inventivité, dans tous les domaines, caritatifs, intellectuels, commerciaux (Mont de Piété contre usure), sociaux… N’ayez pas peur de vous engager dans de nouvelles voies. La seule chose que vous ayez à craindre c’est de partager l’immobilisme de celui qui se répand dans des fêtes somptueuses et destructrices. Pour quoi faire ? Oublier.

Oublier quoi ? Que le pauvre est à sa porte, votre porte. Le pauvre à votre porte c’est aujourd’hui l’enfant seul, l’adolescent abandonné à l’idéologie déviante de la dépersonnalisation, le couple en perte d’équilibre, les vieillards laissés pour compte dans des maisons de retraite sanitairement impeccables mais humainement désertifiées. Tel est le grand abîme qui risque bien de se creuser entre les humains à force d’insouciance.

Que votre charité se fasse donc inventive. Renouez des liens humains forts et constructifs.

Dieu est avec vous, qui sera contre vous ?

Père Jacques OLLIER