« J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. »

« Sans l’affirmation de la résurrection du Christ, la foi chrétienne est vaine. Mais, étant donné le lien intime entre le fait de la résurrection du Christ et l’espérance de notre future ré-surrection, le Christ ressuscité constitue aussi le fondement de notre espérance qui s’ouvre au-delà des limites de notre vie terrestre. En effet, « si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ». Sans cette espérance, il serait impossible de mener une vie chrétienne.

Le lien entre la ferme espérance de la vie future et la possibilité de répondre aux exigences de la vie chrétienne était déjà clairement perçu dans l’Église primitive. En effet, on se rappelait alors que les Apôtres étaient parvenus à la gloire en passant par la souffrance; de même, ceux que l’on menait au martyre trouvaient leur force dans l’espérance de rencontrer le Christ à travers la mort, et dans l’espérance de leur propre résurrection future. Jusqu’à notre époque, poussés par cette espérance ou fondés sur elle, les saints ont donné leur vie dans le martyre ou l’ont mise au service du Christ et de leurs frères. Ils donnent un témoignage : en le regardant, les autres chrétiens deviennent plus forts dans leur marche vers le Christ. Cette espérance élève le cœur des chrétiens vers les choses célestes sans les détourner d’accomplir aussi leurs obligations en ce monde, car « l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plu-tôt le réveiller. Cependant, le monde contemporain pose de multiples embûches à l’espérance chrétienne. En effet, il est fortement marqué par le sécularisme qui « consiste en une vision autonomiste de l’homme et du monde qui fait abstraction de la dimension du mystère, bien plus : n’en tient pas compte ou la nie. Cet immanentisme est une réduction de la vision intégrale de l’homme ». Le sécularisme constitue comme un climat dans lequel vivent de très nombreux chrétiens de notre temps. Ce n’est qu’au prix de grandes difficultés qu’ils peuvent se libérer de son influence. Aussi ne faut-il pas s’étonner que des doutes concernant l’espérance eschatologique naissent chez certains chrétiens aussi. Fréquemment, c’est avec anxiété qu’ils regardent la mort à venir ; ils sont tourmentés non seulement « par la souffrance et la déchéance progressive de [leur] corps, mais plus encore par la peur d’une destruction définitive ». À toutes les époques de l’histoire, les chrétiens ont été exposés aux tentations du doute. Mais, de nos jours, les angoisses de nombreux chrétiens semblent indiquer une faiblesse de l’espérance.

Puisque « la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas », il sera utile de garder à l’esprit, avec une grande constance, les vérités de la foi qui concernent notre future destinée […]

La réponse chrétienne à la perplexité de l’homme contemporain, comme à l’homme de tous les temps, a pour fondement le Christ ressuscité, et elle est contenue dans l’espérance de la glorieuse résurrection future de tous ceux qui appartiennent au Christ. Ce sera une résurrection à l’image de celle du Christ lui-même : « Et de même que nous avons porté l’image du terrestre [Adam], nous porterons aussi l’image du céleste », c’est-à-dire du Christ ressuscité lui-même. Notre résurrection constituera un événement ecclésial en lien avec la parousie du Seigneur, quand le nombre des frères sera complet. Entre-temps, immédiatement après la mort, une communion des bienheureux s’établit avec le Christ ressuscité, laquelle, si c’est nécessaire, présuppose une purification eschatologique. La communion avec le Christ ressuscité, préalable à notre résurrection finale, implique une conception anthropologique déterminée et une vision de la mort typiquement chrétienne. C’est dans le Christ ressuscité et par lui que l’on comprend la « communion des biens » qui existe entre tous les membres de l’Église dont le Seigneur ressuscité est le chef. Le Christ est la fin et le but de notre existence ; c’est vers lui que nous devons nous mettre en marche, avec l’aide de la grâce, au cours de notre brève vie terrestre. Nous pouvons comprendre le sérieux et la responsabilité de ce chemine-ment grâce à la grandeur infinie de celui vers qui nous nous dirigeons. Nous attendons le Christ et non pas une autre existence terrestre semblable à l’existence présente ; il sera l’accomplissement suprême de tous nos désirs. »

COMMISSION THÉOLOGIQUE INTERNATIONALE
Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie (1992)