Dieu et l’argent, compatibles ?

Question récurrente, mais non embarrassante. La Doctrine Sociale de l’Église propose trois principes qui permettent de discerner ce qui, dans notre usage courant des biens, ou notre façon de vivre en société est ou non compatible avec l’Évangile : La destination universelle des biens ; Le principe de subsidiarité ; Le principe de solidarité. Ils se rapportent tous à un seul : la dignité inaliénable de la personne.

Si nous considérons l’argent en fonction du premier principe, que pouvons-nous en déduire ? Qu’il doit servir au plus grand nombre et non seulement à une minorité. Qu’il ne doit donc pas être le fait d’une ploutocratie ou faire l’objet d’une rétention indue. En résumé, que l’argent doit servir au bien commun. À sa famille, à l’éducation de ses enfants, à l’accession à la propriété (si du moins elle est habitée), à l’économie
(investissement, construction, participation), au travail ou à tout autre usage qui sert au bien commun. L’Évangile ne s’oppose pas à la richesse, mais à la thésaurisation.

Le deuxième fondement est la subsidiarité. « Le principe de subsidiarité protège les personnes des abus des instances sociales supérieures et incite ces dernières à aider les individus et les corps intermédiaires à développer leurs fonctions. Ce principe s’impose parce que toute personne, toute famille et tout corps intermédiaire ont quelque chose d’original à offrir à la communauté » (187) . Il inclut le droit à la propriété comme bien personnel imprescriptible. Voilà ce qu’en dit le Compendium de la Doctrine Sociale : « La propriété privée et les autres formes de possession privée des biens « assurent à chacun une zone indispensable d’autonomie personnelle et familiale; il faut les regarder comme un prolongement de la liberté humaine. En stimulant l’exercice de la responsabilité, ils constituent l’une des conditions des libertés civiles »(176). La propriété privée est un élément essentiel d’une politique économique authentiquement sociale et démocratique et la garantie d’un ordre social juste. La doctrine sociale exige que la propriété des biens soit équitablement accessible à tous, de sorte que tous en deviennent, au moins dans une certaine mesure, propriétaires, sans pour autant qu’ils puissent les « posséder confusément »(ibid.)

Le troisième fondement est la solidarité. Elle consiste à venir en aide à ceux qui en ont besoin. On en trouve la source dans la Révélation : la fameuse dîme. Elle trouve aujourd’hui de nombreux modes d’expression, en particulier le Denier de l’Église.
La richesse ? Oui, pour « Investir et créer des emplois, favoriser la creation, la recherche, le savoir ou les arts.
Pour aider et soutenir. Par exemple la vie de votre paroisse.

La richesse, explique saint Basile1, est comme l’eau qui jaillit toujours plus pure de la fontaine si elle est fréquemment puisée, tandis qu’elle se putréfie si la fontaine demeure inutilisée

P. Ollier

1. Saint Basile le Grand, Homilia in illud Lucae, 5: PG 31, 271.